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Photographie
Le photographe canadien rejoue l’histoire à coups de reconstitutions spectaculaires. Avec cette exposition monographique, le Jeu de Paume révèle le façonnage des grands récits du passé à travers leur mise en image. Au risque de ne rien laisser au hasard et bien peu à l’émotion ?
Scènes
Laetitia, rongée par l’urgence climatique et ses propres inhibitions, passe à l’acte et se jette dans la lutte. Hubert Colas adapte Partout le feu d’Hélène Laurain, récit frénétique d’une apprentie militante incarnée avec précision par Stéphanie Aflalo. Une avalanche de souvenirs acides dans une mise en scène multimédia au cordeau.
Qui donne le la ? Socialement, la question est vaste. Musicalement, c’est une fréquence, le 440 Hz, qui sert de référence aux musiciens. La chorégraphe et danseuse Louison Valette met au défi cette autorité tonale dans une confrontation entre un dispositif électroacoustique et deux danseuses.
Pour sa première production lyrique, la metteuse en scène projette le fameux mythe dans le contexte du masculinisme contemporain et remet Orphée face à ses responsabilités. Une relecture pertinente, truffée de cowboys et de slime fluorescent, et portée par une prestation musicale impeccable.
Arts
Sur l’île Seguin, à l’ouest de Paris, l’usine Renault a fermé mais les machines n’ont pas dit leur dernier mot. Cette langue de terre le long de la Seine accueille désormais le Large, nouveau lieu d’art porté par le groupe Emerige. Son exposition inaugurale Moteur Imaginaire décortique les mythes de l’automobile tout en retraçant l’histoire ouvrière derrière sa production.
Les cloches de l’apocalypse sonnent, le monde brûle et les ultrariches se terrent dans des bunkers. Paul, PDG d’une entreprise de pétrochimie, et sa fille Ami sont de ceux-là. Entre eux, une lutte sourde se joue à huis clos, opposant verbe et silence, que Marion Siéfert et Matthieu Bareyre mettent en scène avec sobriété.
Recomposant l’invasion israélienne du Liban en 1982 dans une série d’œuvres, l’artiste américano-libanais se réapproprie une mémoire brouillée par la géopolitique. Les désastres de la guerre et les micmacs militaires se confrontent à la vivacité de l’artiste pour retrouver la tendresse des souvenirs familiaux.
Pour son vernissage à la Ferme-Asile à Sion, Klodin Erb a donné un cours de country au sein même de son expo. Une façon pour elle de se fondre dans les mœurs locales – d’après ses recherches, la country a la cote dans le coin – et de détendre la relation à l’art contemporain. C’est avec le même humour qu’elle a invité Mouvement dans le secret des œuvres joyeusement surréalistes qui composent son expo monographique dans le centre d’art suisse.
En ce mois où la révolte s’invite à nouveau dans la rue, le festival Octobre Numérique lui donne de l’écho dans le champ du jeu vidéo. Dans ces univers régis par des codes, quelle marge reste-t-il pour déroger aux règles et transformer l’environnement et les êtres qui l’habitent ? Et surtout : le virtuel peut-il être le terrain d’une simulation pour l’insurrection qui vient ?
Il y a trois ans, les artistes Elina Kulikova et Dima Efremov ont fui une Russie où il n’était plus possible d’être queer ou antimilitariste. Depuis, le duo a imaginé une Trilogie de la guerre musicale et théâtrale dont le premier chapitre, Un Champ brûlé, bouscule une culture russe muséifiée et mise au pas.
En clôture de sa trilogie sur les identités afro-decendantes, Smaïl Kanouté croise animisme et présences spectrale dans une pièce pour cinq danseurs à l'atmosphère dense.
Depuis vingt ans, Sophie Perez et sa troupe maltraitent l’esprit de sérieux et les conventions qui minent le théâtre contemporain. Dans le fracassant Sturbzep, partant d’un canular d’anthologie – le cliché du monstre du Loch Ness par un gynéco en 1934 –, le Zerep taille une énième farce conceptuelle de haut niveau, cette fois-ci dans les codes du gothique victorien.
Notre mémoire nous joue parfois des tours. Dans This is Unreal, co-écrit avec Pierre Godard, Liz Santoro retrace sa vie au prisme de sa paramnésie, une maladie bénigne qui lui génère des souvenirs fictifs. IA à l’appui, l’artiste se lance dans une autobio fantasque et dansée, entre mémoire humaine et synthétique.
Que peuvent des médiums tels que le son, l’installation et la performance contre la maladie ? Beaucoup, selon Violaine Lochu, qui a traversé un cancer en 2018. Dans le centre d’art alsacien, la plasticienne et performeuse élabore une mystique thérapeutique à travers une série de formes nichées au plus près du corps du malade et de celui du visiteur.
À La Galerie, le Libanais Haig Aivazian revisite l’opposition ancestrale entre ombre et lumière. Au gré d’une minisérie animée, l’artiste convie les fantômes d’une guerre qui, comme toutes les guerres, met dos à dos amis et ennemis.
Mettre en mouvement les foules, Boris Charmatz sait faire. Pourtant, dans SOMNOLE et Muette, il est seul sur scène, sans autre musique que celle produite par son propre corps. À l’occasion de plan D, temps fort du CND à la MC93, le chorégraphe présente ces deux pièces en miroir.
RENCONTRE AVEC LIZE SPIT & LOUISE CHENNEVIÈRE
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
Steven Cohen est devenu artiste dans la nuit noire d’un asile militaire, après avoir perdu la raison. Ou alors était-ce durant la petite enfance, plongé dans l’obscurité terrifiante de la maison familiale. Ou bien quand il a décidé de ne pas se donner la mort, à 14 ans, après avoir rencontré un ami errant comme lui, dans les rues de Johannesburg. « C’est dans tous ces moments que ça se passe – lorsqu’on survit à soi-même. » Sa conscription, son expérimentation sauvage de la performance, la misère, la violence qui déferle de toutes parts sur son « corps juif et queer », le poids de la norme : l’artiste de 64 ans veut tout raconter, car le temps presse, l’âge avance et la maladie emporte ses proches. People Will People You, présenté dans le cadre du Festival d'Automne et du programme plan D, porté par le CN D à la MC93, est un au revoir à la scène, une conférence-effeuillage où se dévoile la fabrication d’une légende. Sur scène, l’artiste s’adressera au public pour la première fois de sa vie dans cet état de vulnérabilité. Pour rencontrer Mouvement, Steven Cohen est venu de Lille à Paris, en habits de ville. Juste un crochet pour donner une interview et se ravitailler en maquillage dans une boutique de la capitale, avant de retourner à sa table d’écriture.
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
Avec un certain sens du timing, le MAIF Social Club explore nos désirs de révolte et leurs possibilités de déploiement dans une expo collective qui assume la noirceur de l’époque.
Motif récurrent de la fiction et des arts vivants, le dance contest est une démonstration brutale de la mise en concurrence des corps par le capitalisme. Accompagnée des danseur·euses de la compagnie Carte Blanche, la chorégraphe grecque Katerina Andreou livre sa version d’un techno-marathon, sans pitié, mais toujours avec précision.
Au centre d’art berruyer, les treize artistes de l’exposition collective S’écrire font le tri dans leurs messages et se demandent ce que l’on exprime de soi dans le flux de nos communications virtuelles.
La famille Kardashian a fait fortune en partie grâce à ses « enfants-influenceurs ». Depuis, le modèle a inspiré plus d’un parent. Avec Influent Mum, Asja Nadjar expose le mal-être et les faux-semblants de ces parents addicts aux réseaux sociaux dans un huis-clos acerbe.
À la croisée du documentaire et du thriller, L’hors-présence de Tiphaine Raffier livre, malgré ses zones d’ombre, une réflexion féconde sur la fin de vie.
La chorégraphe Mathilde Monnier s’associe à la percussionniste Lucie Antunes pour une création musicale et chorégraphique. Le résultat : un Silence commun, qui relègue la danse en second plan et exalte la musique.
Dans Salma, Mon Amour, Ahmed El Attar brosse le portrait d’une richissime famille du Caire ébranlée par la guerre à Gaza. Entre conflit générationnel et humanitaire, le metteur en scène égyptien fait tomber les masques.
Parfois il suffit d’un peu de plastique et de quelques ventilateurs. Quinze ans après Vortex et L’après-midi d’un Foehn, Phia Ménard imagine une nouvelle pièce autour du vent. Si elle est pensée pour un jeune public, Nocturne (Parade) ne cède à aucune simplicité, technique comme narrative.
Dans le cadre épuré d’un gymnase sur fond blanc, la chorégraphe s’interroge, en danse et en vidéo, sur la culture de l’unisson qui caractérise notre société. Et déjoue les effets de groupe, au propre comme au figuré.
portfolio
Dans un seul en scène qui met en miroir le regard du public, Mila Turajlić explore une mine d'or historique : le « fonds des actualités yougoslaves », des films de commande de l'ancien pays communiste, souvent tournés hors de ses frontières. Entre les mains de l'artiste serbe, ces documents deviennent le terrain d'une réflexion sur le passé et le sens des images.
En Bretagne, alors qu’elle est jugée responsable de la prolifération des algues vertes, l’industrie porcine prospère toujours. Au lieu de déprimer, le Galapiat Cirque en appelle à une révolte collective et joyeuse dans le spectacle participatif Préviens les autres.
À l’Autre Scène de Vedène, Tiago Rodrigues projette La Distance entre un père et sa fille dans un futur interplanétaire. Un tour de manège théâtral qui prend par les sentiments.
Entre thérapie de couple et pamphlet sur la famille nucléaire, Rébecca Chaillon revient avec La Gouineraie. Tout en désordre, la metteuse en scène star et sa compagne racontent leur emménagement commun à la campagne. Tout le monde en prend pour son grade : les polyamoureux comme les adeptes de l’exclusivité, les modèles alternatifs comme les plus normatifs.
Il est fini le temps où on enfermait des femmes dans des boîtes pour les couper en deux sur scène. La magie d’aujourd’hui a d’autres choses à nous transmettre. Dans un spectacle hautement participatif, Thierry Collet remet en cause notre perception du réel et nos illusions respectives.
Au Crédac, Pedro Barateiro sonde les tréfonds de l’imaginaire occidental et la fabrication du désir contemporain dans une généreuse exposition. Dessins colorés et psychologiques, films et sculptures, ouverts à des lectures multiples.
Avec Vision, les chorégraphes Éric Minh Cuong Castaing et Aloun Marchal et la dramaturge Marine Relinger collaborent avec quatre artistes malvoyant·es et conçoivent un spectacle participatif qui remet en cause notre conception du spectaculaire.
Les glaces polaires fondent à vue d’œil et le Grand Nord a commencé à disparaître. Dans sa dernière création Immaqaa, ici peut-être, Mathurin Bolze imagine une scénographie ingénieuse et construit sa propre banquise sur scène, terre d’accueil d’une joyeuse troupe de huit circassiens.