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Scènes
Qu’est-ce qu’une série de tentures du XVIe siècle peut raconter de notre époque ? Bien des choses, selon le binôme de chorégraphes Bryana Fritz et Thibault Lac qui revisite La Dame à la licorne dans Baby-Horn, pétulant duo aux airs carnavalesques.
Tout au long de sa vie, Josefina a enchaîné les petits boulots ingrats pour subvenir aux besoins de sa famille. Son fils, Anacarsis Ramos est devenu metteur en scène. Dans une pièce à l’esthétique DIY, le duo livre un récit familial marqué par les souvenirs d’enfance et les violences du capitalisme. Il est l’heure de régler les comptes.
Connu pour ses chorégraphies tout en blocs mouvants, le Grec Christos Papadopoulos étoffe son écriture dans une nouvelle pièce de groupe qui traque la dissonance pour mieux déployer la force de l’unisson.
Arts
Rappel : ce n’est que depuis 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire et travailler sans l’autorisation de leur mari. Croisant archives militantes et œuvres originales, l’exposition Où sont nos thunes ? replace l’argent au cœur de la question féministe.
Alors que L’Odyssée à la sauce Nolan tourne encore dans les cinémas, le CWB nous livre sa propre épopée entre récits intimes et pratiques antiques. Loin des poncifs du blockbuster, ici, place est faite à des voix authentiques qui, comme Ulysse, cherchent refuge dans un univers hostile.
Sept chanteurs, proches de la béatitude, entonnent des chants polyphoniques anciens sur la scène dépouillée du nouveau spectacle d’Alessandro Sciarroni. Évitant le kitsch du folklore, le plasticien et chorégraphe réactive ces textes du passé, véritables éloges du rapport direct que nous entretenions jadis avec le vivant.
Les cloches de l’apocalypse sonnent, le monde brûle et les ultrariches se terrent dans des bunkers. Paul, PDG d’une entreprise de pétrochimie, et sa fille Ami sont de ceux-là. Entre eux, une lutte sourde se joue à huis clos, opposant verbe et silence, que Marion Siéfert et Matthieu Bareyre mettent en scène avec sobriété.
Au Crédac, Pedro Barateiro sonde les tréfonds de l’imaginaire occidental et la fabrication du désir contemporain dans une généreuse exposition. Dessins colorés et psychologiques, films et sculptures, ouverts à des lectures multiples.
Pour sa première pièce de groupe, le chorégraphie sud-africain Tiran Willemse fait exister la pensée politique qui travaille sa pratique depuis ses débuts dans un show riche en signes.
Musique
Du néofolk, de la musique concrète, un opéra électrique, du drone, de l’électrorock : voilà ce qu’il nous est donné de parcourir en un week-end à Musica, terrain d’une entente toujours fragile entre des antipodes musicaux.
Sur le temps long et en adoptant une adresse subtile, la chorégraphe polonaise Ewa Dziarnowska et son acolyte britannique Leah Marojević invitent le spectateur à s’émanciper du cadre performatif. Mais en est-il même capable ?
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
Il y a trois ans, les artistes Elina Kulikova et Dima Efremov ont fui une Russie où il n’était plus possible d’être queer ou antimilitariste. Depuis, le duo a imaginé une Trilogie de la guerre musicale et théâtrale dont le premier chapitre, Un Champ brûlé, bouscule une culture russe muséifiée et mise au pas.
La chorégraphe Mathilde Monnier s’associe à la percussionniste Lucie Antunes pour une création musicale et chorégraphique. Le résultat : un Silence commun, qui relègue la danse en second plan et exalte la musique.
Le monde ne se limite pas à ce que nous pouvons en percevoir. Avec une cinquantaine d’œuvres produites à l’école du Fresnoy à Tourcoing, ce Panorama 28 transforme cette évidence en inquiétude : comment rester attentif à ce qui nous échappe ?
À la Galerie, le Libanais Haig Aivazian revisite l’opposition ancestrale entre ombre et lumière. Au gré d’une minisérie animée, l’artiste convie les fantômes d’une guerre qui, comme toutes les guerres, met dos à dos amis et ennemis.
RENCONTRE AVEC LIZE SPIT & LOUISE CHENNEVIÈRE
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
portfolio
Dans Salma, Mon Amour, Ahmed El Attar brosse le portrait d’une richissime famille du Caire ébranlée par la guerre à Gaza. Entre conflit générationnel et humanitaire, le metteur en scène égyptien fait tomber les masques.
Parfois il suffit d’un peu de plastique et de quelques ventilateurs. Quinze ans après Vortex et L’après-midi d’un Foehn, Phia Ménard imagine une nouvelle pièce autour du vent. Si elle est pensée pour un jeune public, Nocturne (Parade) ne cède à aucune simplicité, technique comme narrative.
En France, pour obtenir l'asile en raison de son orientation sexuelle, il faut réunir des preuves et constituer un dossier, qui sera passé au crible par l'administration. Violence d'État, aberrations juridiques, poids du silence et de la honte : dans cette dernière création, Nicolas Barry pénètre les couloirs de l'OFPRA pour mieux exposer ce processus d'aliénation.
À l’heure où les récits nationalistes rêvent de cultures homogènes, l’exposition collective Au-delà de toutes les mers prend pour point de départ les circulations entre le Maroc et la France pour interroger ce qu’elles transforment.
Neta Oren et Pierre Laloge jonglent chacun à leur façon : Neta avec des balles, Pierre avec des mots. Dans une mise en scène intimiste, le rappeur narre les mouvements de la circassienne et les épreuves de la vie. Une pièce touchante malgré des inégalités dans le rythme.
Dix-huit ans après sa pièce culte L’effet de Serge, le metteur en scène Philippe Quesne rouvre l’appartement mythique de son anti-héros. Dans Le paradoxe de John, le logement est devenu une galerie d’art et une troupe d’artistes y expérimente la fine frontière entre vacuité et geste poétique. Une méditation sur la valeur de l’art et les fragiles convictions de ceux qui en fabriquent.
Dans le cadre épuré d’un gymnase sur fond blanc, la chorégraphe s’interroge, en danse et en vidéo, sur la culture de l’unisson qui caractérise notre société. Et déjoue les effets de groupe, au propre comme au figuré.
Vous reprendrez bien un peu de philosophie ? Dans Tout doit disparaître, Stéphanie Aflalo se prépare à la mort de son père. Et la comédienne-dramaturge le fait à sa manière : à coup de rituels décalés ou de citations Yogi Tea. Un solo drôle et ingénieux sur la disparition des proches.
Photographie
Avec Delay the Sadness, Sharon Eyal compose un show autour de la perte et du deuil. Hommage à sa mère récemment disparue, la pièce est une cartographie sensible des différents états physiques et psychiques traversés pendant cette période suspendue.
Angelin Preljocaj sublime le chaos de la perte dans cette envoûtante fresque chorégraphique. Un Requiem(s) au pluriel où l’on expie collectivement la mort pour mieux célébrer la puissance de la vie.
Que vaut un vêtement hors de son contexte ? Essayez donc d’aller à une réunion pro en pyjama, les réactions devraient être gratinées. Bérangère Vantusso pose la question avec Faire le Beau, sa nouvelle création. À l’aide d’une tonne de tissu, de cinq comédiens et d'une musicienne, la metteuse en scène explore la portée politique du vêtement.
La Compagnie Rasposo aime le cirque à l’ancienne, sa poésie, ses agrès, son Guignol. Mais, après 35 ans d’existence, sa directrice Marie Molliens ouvre un espace pour interroger cet héritage et ses traditions.
Le terme arabe « tarab » connaît des nuances de sens selon les régions du Levant. Un trait commun les réunit cependant : la célébration, la fête, le partage. Dans la création participative du même nom, la compagnie marseillaise Shōnen s’associe à plusieurs artistes du Levant dont le chorégraphe palestinien Mohanad Smama et le musicien libanais Rayess Bek. Ensemble, ils s’attachent à reproduire, par la danse et la musique, ce concept oriental : un état d’élévation qu’on atteint par la réunion du corps et de l’esprit. Pour y donner lieu, Tarab prend la forme d’une expérience collective qui met en mouvement une centaine d’amateurs de ville en ville. D’ateliers en spectacles, une communauté voit le jour, politique et artistique. Plus qu’un simple spectacle, donc.
D’un côté, une création solaire et tellurique. De l’autre, une pièce lunaire et métallique. Dans le cadre d’un double programme commandé par le Ballet de l’Opéra national du Rhin, le chorégraphe français Léo Lérus a fait le choix du contraste pour mieux souligner la complémentarité entre son univers et celui de Sharon Eyal, figure israélienne du monde de la danse.