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Scènes
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
Dans son solo intitulé This is la mort, Zoe Lakhnati incarne des spectres de l’iconographie occidentale tels que les répertoriait l’historien de l’art Aby Warburg dans son Atlas mnémosyne (1929). Au programme : douleur, passion, extase et cette increvable ambiguïté de notre rapport aux images.
Cinéma
Vous craignez un énième coming of age queer ? Avec Bouchra, la plasticienne et réalisatrice Meriem Bennani et la cinéaste Orian Barki signent un film d’animation déroutant et sensuel, dont les personnages zoomorphes aux voix si singulières sauront vous toucher au cœur. Un film qui pose les grandes questions : l’amour familial, la loyauté et le secret, en salle le 3 juin.
Arts
Pour sa sixième édition, le « schizo-festival » Interférence_s explore une certaine idée du parasitage sonore – ou comment l’usage détourné de la technologie peut instiller un virus poétique dans les circuits électroniques. Un trop-plein d’installations amassées dans un espace exigu, interférant entre elles au point de ne plus se faire « entendre ». Le chaos est-il fertile ?
Dans la piscine d’Éric Longequel, il y a : des ballons de baudruche, des cassettes VHS, une paire de ciseaux et l’envie de faire couler l’injonction spectaculaire. Dans ce court solo, le circassien mêle apnée et jonglage, immergé dans une cuve d’eau étroite.
Comment concilier patrimoine architectural et accessibilité aux personnes à mobilité réduite ? L’expérience des « non-valides » peut-elle transformer un espace d’art ? C’est chose faite pour l’artiste Florian Fouché, qui réaménage le CEAAC de Strasbourg et met la muséographie au défi d’une inclusivité radicale.
Un public, deux performeurs, 35 minutes, pas de texte et quelques babioles : Romeo Castellucci pense « petit » mais ratisse large dans cette malicieuse installation performative. Un mini-quizz linguistique, dérisoire ou magistral selon l’humeur, qui synthétise les trucs et astuces d’une légende vivante du théâtre contemporain.
Société
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père, No Yogurt for the Dead aborde la fin de vie à travers une balade musicale en milieu hospitalier. Puisque l’issue ne fait pas de mystère, honorons le voyage.
Dans la série des Histoire(s) du Théâtre, instiguée par le metteur en scène Milo Rau, Trajal Harrell dévoile son ode à la musique. Avec Music Music, le danseur-chorégraphe états-unien se laisse porter par le flow au risque de divaguer.
Il y a trois ans, les artistes Elina Kulikova et Dima Efremov ont fui une Russie où il n’était plus possible d’être queer ou antimilitariste. Depuis, le duo a imaginé une Trilogie de la guerre musicale et théâtrale dont le premier chapitre, Un Champ brûlé, bouscule une culture russe muséifiée et mise au pas.
Qu’est-ce que « bien vivre » ? Le sujet, éminemment politique, est aussi une affaire poétique. Qui de mieux pour s’en emparer que Coco Petitpierre et Yvan Clédat, duo connu pour sa mise en scène plasticienne et onirique. Aussi tendre que loufoque, L’art de vivre est une respiration.
COMMENT LA POLICE A INFILTRÉ LE CINÉMA FRANÇAIS
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
Le théâtre de Sylvain Creuzevault nous avait habitués à une promesse ambiguë de grand soir. Des paroles jusqu’à la saturation. L’idéal porté à démesure. Le verbe trop haut pour la chair. Les idées trahies par les corps : dis-moi « révolution », je sortirai ma bite. Parle-moi de Dieu, je te répondrai avec un pet. De pièces en pièces, le metteur en scène de 43 ans remonte l’histoire à rebrousse-poil : Robespierre dans Notre terreur, Marx dans Le Capital et son singe, Dostoïevski qui regarde, en visionnaire, « par-delà le socialisme athée » dans Les Frères Karamazov. Le théâtre de Creuzevault dessine sa propre généalogie communiste, une « histoire à soi » des vaincus. Dernièrement, avec L’esthétique de la résistance et Edelweiss, France Fasciste, il s’est joué du récit officiel de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le voilà qui accoste dans l’Italie des années 1960 et 1970. En s’emparant de Pétrole de Pier Paolo Pasolini, il porte encore au plateau une œuvre impossible. Pourquoi ? L’homme est peu disert sur cette question : « Parce que j’en ai le goût. » Dans une enfilade de notes, l’auteur dresse le portrait d’une société prise en étau entre les pressions du Vatican et les désirs d’émancipation, entre tradition et consommation. En toile de fond, un pouvoir corrompu, des relents coloniaux, l’action directe des Brigades rouges et le vrai terrorisme : celui de l’État. Au centre, un homme partagé entre ses aspirations à la réussite et ses désirs interlopes, la petite musique lancinante du refus de parvenir. De ce roman inachevé – le poète italien meurt avant sa publication dans des circonstances troubles – Sylvain Creuzevault tire sa pièce la plus désespérée. L’intensité est devenue fébrilité, les corps s’absentent, le rire abîme les dents.
Après plusieurs stand-ups (auto)biographiques, Laurène Marx offre la scène à Rita Nkat Banyang, jeune femme camerounaise en exil. Pour lui faire justice d’abord, et pour démolir le théâtre bourgeois ensuite, la metteuse en scène présente un objet scénique débarrassé de tout bon sentiment humaniste.
D’un côté, une création solaire et tellurique. De l’autre, une pièce lunaire et métallique. Dans le cadre d’un double programme commandé par le Ballet de l’Opéra national du Rhin, le chorégraphe français Léo Lérus a fait le choix du contraste pour mieux souligner la complémentarité entre son univers et celui de Sharon Eyal, figure israélienne du monde de la danse.
Dans Le Pas du Monde, nouvelle création du Collectif XY, vingt-cinq acrobates s’échignent à composer une succession de tableaux naturels plus vertigineux les uns que les autres. Une ultime tentative de réconciliation avec le vivant par les outils du cirque.
Vous reprendrez bien un peu de philosophie ? Dans Tout doit disparaître, Stéphanie Aflalo se prépare à la mort de son père. Et la comédienne-dramaturge le fait à sa manière : à coup de rituels décalés ou de citations Yogi Tea. Un solo drôle et ingénieux sur la disparition des proches.
C’est au Liban qu’elles ont vu la mer pour la première fois et qu’on leur a arraché leur humanité. Les trois interprètes de When I saw the sea, la dernière création d’Ali Chahrour, sont des rescapées de la Kafala, un régime de tutelle qui peut basculer vers l’esclavage moderne au Moyen-Orient. Le chorégraphe libanais fait de la scène un espace concret de reconstruction des corps et de libération de la parole.
Les corps peuvent-ils échapper à l’emprise martiale au sein d’une société en cours de militarisation ? Marco da Silva Ferreira l’envisage dans F*cking Future, récit d’émancipation pour neuf interprètes, au risque d’esthétiser l’autorité.
« Elle est où, votre joie ? » C’est la question que pose Jonas Chéreau dans sa pièce pour trois interprètes, présentée au festival la Maison Danse à Uzès. Une performance loufoque à la recherche d’une communauté d’affects dans le rire partagé.
Photographie
portfolio
Avec Delay the Sadness, Sharon Eyal compose un show autour de la perte et du deuil. Hommage à sa mère récemment disparue, la pièce est une cartographie sensible des différents états physiques et psychiques traversés pendant cette période suspendue.
Spectacle pour cinq interprètes, un espace et un public, Orchestre vide, longing for you de Habib Ben Tanfous s’empare d’un loisir populaire, le karaoké, pour mettre en valeur ce dont on préfère ne pas se vanter : nos imperfections, nos failles, nos fausses notes.
Cancer, myopathie, fatigue chronique et douleur : Benoît Piéron a passé une enfance « hors du champ de la vie ». Aujourd’hui, l’artiste transcende cette expérience dans des formes à la fois cute et subversives. Ses peluches, ses lits d’hôpitaux et ses cabanes magiques racontent, l’air de rien, une vie à la merci du corps médical. Dernièrement, au fil de ses rencontres dans le milieu queer, Benoit Piéron à découvert qu’en plus de ce qu’il appelle « ses maladies de compagnie », il est né intersexe. « Je n’ai jamais vraiment su qu’elle était ma lettre dans l’acronyme LGBTQIA+. » S’il l’ignorait, c’est parce que l’establishment hospitalier a pour habitude d’opérer l’intersexuation au plus jeune âge et conseille aux familles d’en faire un tabou. Pour son exposition personnelle au Palais de Tokyo intitulée Vernis à ombres, le quarantenaire ressuscite la baie vitrée de son enfance, derrière laquelle est projeté un film porno abstrait, geste radical par lequel il se réapproprie son corps. Alors, comment vit-on quand la société nous place à la marge de tout ? Réponse avec un artiste qui s’est fabriqué loin de la norme.
« Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? » Cette question ouvre Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo — une enquête intime, poétique et familiale qui embrasse les blessures de l’histoire européenne. Sur la scène du Théâtre Vidy-Lausanne, Valérie Dréville et Guy Cassiers donnent corps à ce Thésée moderne et nous invitent, nous aussi, à parcourir le labyrinthe de la mémoire. Mouvement vous emmène en coulisses de la création du spectacle.
LE KAZAKHSTAN SE DÉRUSSIFIE DE LA LANGUE AUX PIEDS