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Scènes
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
Arts
Pour sa sixième édition, le « schizo-festival » Interférence_s explore une certaine idée du parasitage sonore – ou comment l’usage détourné de la technologie peut instiller un virus poétique dans les circuits électroniques. Un trop-plein d’installations amassées dans un espace exigu, interférant entre elles au point de ne plus se faire « entendre ». Le chaos est-il fertile ?
Dans la piscine d’Éric Longequel, il y a : des ballons de baudruche, des cassettes VHS, une paire de ciseaux et l’envie de faire couler l’injonction spectaculaire. Dans ce court solo, le circassien mêle apnée et jonglage, immergé dans une cuve d’eau étroite.
Comment concilier patrimoine architectural et accessibilité aux personnes à mobilité réduite ? L’expérience des « non-valides » peut-elle transformer un espace d’art ? C’est chose faite pour l’artiste Florian Fouché, qui réaménage le CEAAC de Strasbourg et met la muséographie au défi d’une inclusivité radicale.
Les glaces polaires fondent à vue d’œil et le Grand Nord a commencé à disparaître. Dans sa dernière création Immaqaa, ici peut-être, Mathurin Bolze imagine une scénographie ingénieuse et construit sa propre banquise sur scène, terre d’accueil d’une joyeuse troupe de huit circassiens.
Avec BABY TEETH, sa première création de groupe, le·a chorégraphe brésilien·ne Catol Teixeira se glisse dans nos bouches, cette obscure cavité orale, et signe une chorégraphie imprévisible et fiévreuse.
Abordant des rivages aussi disparates que la pop franquiste, la résistance au colonialisme et l’hybridation humain/animal, le FRAC Franche-Comté retrace vingt ans de carrière de l’artiste Nina Laisné dans une expo fleuve. De l’Amazonie au Tage en passant par le Doubs, embarquement pour un pays lointain où les arts visuels donnent le beau rôle à la musique.
Dans une pièce chorale mêlant vécu et fiction, Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix explorent le sentiment amoureux – son exaltation comme sa violence – par la voix de huit jeunes comédien·nes d’une éclatante maîtrise. Dans une pièce chorale mêlant vécu et fiction, Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix explorent le sentiment amoureux – son exaltation comme sa violence – par la voix de huit jeunes comédien·nes d’une éclatante maîtrise.
Raconter le vertige de l’exil dans un food show rythmé par des vidéos hyperpop ? Et pourquoi pas ? Le Sud-Coréen Jaha Koo, connu pour ses spectacles multimédia, nous cuisine avec tendresse entre kimchi et nostalgie, humour et soupe aux algues.
À Berne dans le cadre des Swiss Dance Days, le Suisse Bast Hippocrate scrute le rapport amoureux dans ses moindres craquelures. Son duo tournoyant, Joyaux lourdement sous-estimés, nous pose entre projection et friction, fantasme et réalité de la relation. Une étude en mouvement de cette fragilité qui nous lie, à rebours des clichés sur le couple.
Société
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
Dans la série des Histoire(s) du Théâtre, instiguée par le metteur en scène Milo Rau, Trajal Harrell dévoile son ode à la musique. Avec Music Music, le danseur-chorégraphe états-unien se laisse porter par le flow au risque de divaguer.
Il y a trois ans, les artistes Elina Kulikova et Dima Efremov ont fui une Russie où il n’était plus possible d’être queer ou antimilitariste. Depuis, le duo a imaginé une Trilogie de la guerre musicale et théâtrale dont le premier chapitre, Un Champ brûlé, bouscule une culture russe muséifiée et mise au pas.
COMMENT LA POLICE A INFILTRÉ LE CINÉMA FRANÇAIS
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
Le théâtre de Sylvain Creuzevault nous avait habitués à une promesse ambiguë de grand soir. Des paroles jusqu’à la saturation. L’idéal porté à démesure. Le verbe trop haut pour la chair. Les idées trahies par les corps : dis-moi « révolution », je sortirai ma bite. Parle-moi de Dieu, je te répondrai avec un pet. De pièces en pièces, le metteur en scène de 43 ans remonte l’histoire à rebrousse-poil : Robespierre dans Notre terreur, Marx dans Le Capital et son singe, Dostoïevski qui regarde, en visionnaire, « par-delà le socialisme athée » dans Les Frères Karamazov. Le théâtre de Creuzevault dessine sa propre généalogie communiste, une « histoire à soi » des vaincus. Dernièrement, avec L’esthétique de la résistance et Edelweiss, France Fasciste, il s’est joué du récit officiel de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le voilà qui accoste dans l’Italie des années 1960 et 1970. En s’emparant de Pétrole de Pier Paolo Pasolini, il porte encore au plateau une œuvre impossible. Pourquoi ? L’homme est peu disert sur cette question : « Parce que j’en ai le goût. » Dans une enfilade de notes, l’auteur dresse le portrait d’une société prise en étau entre les pressions du Vatican et les désirs d’émancipation, entre tradition et consommation. En toile de fond, un pouvoir corrompu, des relents coloniaux, l’action directe des Brigades rouges et le vrai terrorisme : celui de l’État. Au centre, un homme partagé entre ses aspirations à la réussite et ses désirs interlopes, la petite musique lancinante du refus de parvenir. De ce roman inachevé – le poète italien meurt avant sa publication dans des circonstances troubles – Sylvain Creuzevault tire sa pièce la plus désespérée. L’intensité est devenue fébrilité, les corps s’absentent, le rire abîme les dents.
Connu pour ses chorégraphies tout en blocs mouvants, le Grec Christos Papadopoulos étoffe son écriture dans une nouvelle pièce de groupe qui traque la dissonance pour mieux déployer la force de l’unisson.
Parfois il suffit d’un peu de plastique et de quelques ventilateurs. Quinze ans après Vortex et L’après-midi d’un Foehn, Phia Ménard imagine une nouvelle pièce autour du vent. Si elle est pensée pour un jeune public, Nocturne (Parade) ne cède à aucune simplicité, technique comme narrative.
Après plusieurs stand-ups (auto)biographiques, Laurène Marx offre la scène à Rita Nkat Banyang, jeune femme camerounaise en exil. Pour lui faire justice d’abord, et pour démolir le théâtre bourgeois ensuite, la metteuse en scène présente un objet scénique débarrassé de tout bon sentiment humaniste.
D’un côté, une création solaire et tellurique. De l’autre, une pièce lunaire et métallique. Dans le cadre d’un double programme commandé par le Ballet de l’Opéra national du Rhin, le chorégraphe français Léo Lérus a fait le choix du contraste pour mieux souligner la complémentarité entre son univers et celui de Sharon Eyal, figure israélienne du monde de la danse.
Dans Le Pas du Monde, nouvelle création du Collectif XY, vingt-cinq acrobates s’échignent à composer une succession de tableaux naturels plus vertigineux les uns que les autres. Une ultime tentative de réconciliation avec le vivant par les outils du cirque.
C’est au Liban qu’elles ont vu la mer pour la première fois et qu’on leur a arraché leur humanité. Les trois interprètes de When I saw the sea, la dernière création d’Ali Chahrour, sont des rescapées de la Kafala, un régime de tutelle qui peut basculer vers l’esclavage moderne au Moyen-Orient. Le chorégraphe libanais fait de la scène un espace concret de reconstruction des corps et de libération de la parole.
Muette, solo abrasif signé Boris Charmatz, se danse nu, la bouche ouverte, le visage grimaçant, une bulle de bave au bord des lèvres. Le célèbre chorégraphe y interpelle le silence, celui qui poisse, celui des choses qui ne peuvent être dites et se hurlent à l’intérieur.
Photographie
portfolio
Et si, réunies, les madones n’étaient qu’une bande de meufs comme les autres ? Pour sa première pièce de groupe, la chorégraphe Leïla Ka tente une danse expressionniste, théâtrale au possible, toute en gags et en clins d’œil pop.
Spectacle pour cinq interprètes, un espace et un public, Orchestre vide, longing for you de Habib Ben Tanfous s’empare d’un loisir populaire, le karaoké, pour mettre en valeur ce dont on préfère ne pas se vanter : nos imperfections, nos failles, nos fausses notes.
Cancer, myopathie, fatigue chronique et douleur : Benoît Piéron a passé une enfance « hors du champ de la vie ». Aujourd’hui, l’artiste transcende cette expérience dans des formes à la fois cute et subversives. Ses peluches, ses lits d’hôpitaux et ses cabanes magiques racontent, l’air de rien, une vie à la merci du corps médical. Dernièrement, au fil de ses rencontres dans le milieu queer, Benoit Piéron à découvert qu’en plus de ce qu’il appelle « ses maladies de compagnie », il est né intersexe. « Je n’ai jamais vraiment su qu’elle était ma lettre dans l’acronyme LGBTQIA+. » S’il l’ignorait, c’est parce que l’establishment hospitalier a pour habitude d’opérer l’intersexuation au plus jeune âge et conseille aux familles d’en faire un tabou. Pour son exposition personnelle au Palais de Tokyo intitulée Vernis à ombres, le quarantenaire ressuscite la baie vitrée de son enfance, derrière laquelle est projeté un film porno abstrait, geste radical par lequel il se réapproprie son corps. Alors, comment vit-on quand la société nous place à la marge de tout ? Réponse avec un artiste qui s’est fabriqué loin de la norme.
« Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? » Cette question ouvre Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo — une enquête intime, poétique et familiale qui embrasse les blessures de l’histoire européenne. Sur la scène du Théâtre Vidy-Lausanne, Valérie Dréville et Guy Cassiers donnent corps à ce Thésée moderne et nous invitent, nous aussi, à parcourir le labyrinthe de la mémoire. Mouvement vous emmène en coulisses de la création du spectacle.
Dans Kms of Resistance, Mehdi Dahkan et son partenaire, Mohamed Bouriri, entrent en scène comme on entre en résistance : à même le sol, à bout de souffle. Sans musique ni parole, le duo convoque la brutalité des corps emprisonnés et la tendresse des chairs épuisées pour faire jaillir, par la danse et la performance, les étincelles de la sédition.
LE KAZAKHSTAN SE DÉRUSSIFIE DE LA LANGUE AUX PIEDS