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Arts
Rappel : ce n’est que depuis 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire et travailler sans l’autorisation de leur mari. Croisant archives militantes et œuvres originales, l’exposition Où sont nos thunes ? replace l’argent au cœur de la question féministe.
Scènes
Les cloches de l’apocalypse sonnent, le monde brûle et les ultrariches se terrent dans des bunkers. Paul, PDG d’une entreprise de pétrochimie, et sa fille Ami sont de ceux-là. Entre eux, une lutte sourde se joue à huis clos, opposant verbe et silence, que Marion Siéfert et Matthieu Bareyre mettent en scène avec sobriété.
Notre mémoire nous joue parfois des tours. Dans This is Unreal, co-écrit avec Pierre Godard, Liz Santoro retrace sa vie au prisme de sa paramnésie, une maladie bénigne qui lui génère des souvenirs fictifs. IA à l’appui, l’artiste se lance dans une autobio fantasque et dansée, entre mémoire humaine et synthétique.
Par-delà le lac Léman, le célèbre jet d’eau et les ruelles chic du centre-ville genevois, à Vernier, un immense vaisseau vient d’émerger : 27 000 mètres carrés consacrés à la création artistique et à des projets citoyens. Retour sur le week-end d’ouverture du tout jeune espace Concorde.
La metteuse en scène polonaise Ewelina Marciniak détourne l’opéra de Händel pour livrer un récit d’émancipation féminine. Une réussite pop et habile, portée par une belle prestation musicale d’Emmanuelle Haïm et du Concert d’Astrée.
« Elle est où, votre joie ? » C’est la question que pose Jonas Chéreau dans sa pièce pour trois interprètes, présentée au festival la Maison Danse à Uzès. Une performance loufoque à la recherche d’une communauté d’affects dans le rire partagé.
Performance
Au centre d’art berruyer, les treize artistes de l’exposition collective S’écrire font le tri dans leurs messages et se demandent ce que l’on exprime de soi dans le flux de nos communications virtuelles.
Éphémère, instantanée : qu’est-ce que la performance peut nous dire en 2026 ? Pour en dresser le panorama, le Centre Wallonie-Bruxelles lance son marathon annuel de douze heures, toutes sensibilités confondues. Au programme cette année : 45 propositions, beaucoup de cabaret et pas mal d'interactivité.
Dans leur nouvelle expérience plastique et scénique, le tandem catalan scrute le dévoiement du langage par le pouvoir dans un recueil de « contes » satiriques. Une forme stimulante qui n’opère jamais mieux que quand elle se moque d’elle-même.
Sur le temps long et en adoptant une adresse subtile, la chorégraphe polonaise Ewa Dziarnowska et son acolyte britannique Leah Marojević invitent le spectateur à s’émanciper du cadre performatif. Mais en est-il même capable ?
Gurshad Shaheman fait du drag avec des références qui lui sont proches : les cantatrices de la pop iranienne, celles qui seront condamnées au silence après la révolution de 1979. Autobiographique, Cabaret Téhéran cultive la nostalgie d’une nation iranienne festive et créative.
Que peuvent des médiums tels que le son, l’installation et la performance contre la maladie ? Beaucoup, selon Violaine Lochu, qui a traversé un cancer en 2018. Dans le centre d’art alsacien, la plasticienne et performeuse élabore une mystique thérapeutique à travers une série de formes nichées au plus près du corps du malade et de celui du visiteur.
Seule en scène, guitare électrique en renfort, Juliette Fribourg fait de son personnage de gynécologue le sismographe d'un droit fondamental sans cesse remis en jeu : le droit à l’avortement.
À La Galerie, le Libanais Haig Aivazian revisite l’opposition ancestrale entre ombre et lumière. Au gré d’une minisérie animée, l’artiste convie les fantômes d’une guerre qui, comme toutes les guerres, met dos à dos amis et ennemis.
Mettre en mouvement les foules, Boris Charmatz sait faire. Pourtant, dans SOMNOLE et Muette, il est seul sur scène, sans autre musique que celle produite par son propre corps. À l’occasion de plan D, temps fort du CND à la MC93, le chorégraphe présente ces deux pièces en miroir.
RENCONTRE AVEC LIZE SPIT & LOUISE CHENNEVIÈRE
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
La famille Kardashian a fait fortune en partie grâce à ses « enfants-influenceurs ». Depuis, le modèle a inspiré plus d’un parent. Avec Influent Mum, Asja Nadjar expose le mal-être et les faux-semblants de ces parents addicts aux réseaux sociaux dans un huis-clos acerbe.
La famille tue – ou du moins, elle tue les femmes. C’est le constat glaçant de ce mythe de Sisyphe revisité à la sauce domestique, que met en scène la Sicilienne Emma Dante dans une farce théâtrale excessive mais cruellement réaliste.
À la croisée du documentaire et du thriller, L’hors-présence de Tiphaine Raffier livre, malgré ses zones d’ombre, une réflexion féconde sur la fin de vie.
La chorégraphe Mathilde Monnier s’associe à la percussionniste Lucie Antunes pour une création musicale et chorégraphique. Le résultat : un Silence commun, qui relègue la danse en second plan et exalte la musique.
Poursuivant son projet d’adaptation au plateau des grands textes épiques, Pauline Bayle nous balade dans ce poème fondateur de la culture indienne avec le savoir-faire immaculé qu’on lui connaît. Une virtuosité qui, malgré de beaux éclats, nous laisse à distance du feu sacré.
Dans Salma, Mon Amour, Ahmed El Attar brosse le portrait d’une richissime famille du Caire ébranlée par la guerre à Gaza. Entre conflit générationnel et humanitaire, le metteur en scène égyptien fait tomber les masques.
Parfois il suffit d’un peu de plastique et de quelques ventilateurs. Quinze ans après Vortex et L’après-midi d’un Foehn, Phia Ménard imagine une nouvelle pièce autour du vent. Si elle est pensée pour un jeune public, Nocturne (Parade) ne cède à aucune simplicité, technique comme narrative.
Pour son premier spectacle, le performeur et metteur en scène Anthony Martine raconte, sur le mode du conte médiéval, son expérience d’homme noir et queer dans une société majoritairement blanche et hétéro. Ou quand le politique rencontre les paillettes.
Des bouts de peau qu’on pèle, des couches de perruques qu’on arrache : nul doute, Les Idoles sont de retour. Trois ans après leur duo scotché Reface, le collectif composé de Lise Messina et Chandra Grangean cultive sa technique de la métamorphose en interrogeant celle qui naît du lien collectif. Qui a dit que l’enfer c’était les autres ?
Dans le cadre épuré d’un gymnase sur fond blanc, la chorégraphe s’interroge, en danse et en vidéo, sur la culture de l’unisson qui caractérise notre société. Et déjoue les effets de groupe, au propre comme au figuré.
Photographie
portfolio
À Berne dans le cadre des Swiss Dance Days, le Suisse Bast Hippocrate scrute le rapport amoureux dans ses moindres craquelures. Son duo tournoyant, Joyaux lourdement sous-estimés, nous pose entre projection et friction, fantasme et réalité de la relation. Une étude en mouvement de cette fragilité qui nous lie, à rebours des clichés sur le couple.
Au Crédac, Pedro Barateiro sonde les tréfonds de l’imaginaire occidental et la fabrication du désir contemporain dans une généreuse exposition. Dessins colorés et psychologiques, films et sculptures, ouverts à des lectures multiples.
Avec Vision, les chorégraphes Éric Minh Cuong Castaing et Aloun Marchal et la dramaturge Marine Relinger collaborent avec quatre artistes malvoyant·es et conçoivent un spectacle participatif qui remet en cause notre conception du spectaculaire.
Les glaces polaires fondent à vue d’œil et le Grand Nord a commencé à disparaître. Dans sa dernière création Immaqaa, ici peut-être, Mathurin Bolze imagine une scénographie ingénieuse et construit sa propre banquise sur scène, terre d’accueil d’une joyeuse troupe de huit circassiens.
Avec Delay the Sadness, Sharon Eyal compose un show autour de la perte et du deuil. Hommage à sa mère récemment disparue, la pièce est une cartographie sensible des différents états physiques et psychiques traversés pendant cette période suspendue.
Du jour au lendemain : le silence. La surdité a subitement frappé Brigitte, la mère de la comédienne Louve Reiniche-Larroche. Transposé au théâtre avec la metteuse en scène Tal Reuveny, ce drame donne lieu à une fresque familiale d’un nouveau genre : un seul en scène en playback. Car, si l’ouïe forge notre rapport au monde, que se passe-t-il lorsqu’on la perd ?