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Scènes
Tout au long de sa vie, Josefina a enchaîné les petits boulots ingrats pour subvenir aux besoins de sa famille. Son fils, Anacarsis Ramos est devenu metteur en scène. Dans une pièce à l’esthétique DIY, le duo livre un récit familial marqué par les souvenirs d’enfance et les violences du capitalisme. Il est l’heure de régler les comptes.
Décortiquer le théâtre par le théâtre. Comprendre sa source, actualiser sa fonction politique, et ce avec les outils les plus humbles – une scène, des comédiens. Le metteur en scène Maxime Kurvers s’y attelle depuis une dizaine d’année dans des pièces ascétiques en apparence, mais généreuses dans leurs intentions. Dans La naissance de la tragédie en 2018, un comédien, seul, donnait à vivre la première représentation de l’histoire. Dans Théories et pratiques du jeu d'acteur·rice (1428-2021) en 2020, un casting complet déroulait des siècles de méthodes d’acting et les séquences socio-politiques qui les ont produites. Aujourd’hui, le metteur en scène enjoint la comédienne Yuri Itabashi à accomplir l’impossible : interpréter, en tant que femme, Okina, seul rituel du répertoire nippon à être défendu aux comédiennes. En plateau : le minimum. Conceptuellement : c’est chargé.
L’intimité au XXIe siècle est chose ingrate. Voilà ce que nous chantent les six interprètes de The Alonetimes dans ce récital lyrico-moderne aussi tendre que cruel, signé par les compositeur·ices Jennifer Walshe et Philip Venables.
Dans le second volet de sa trilogie sur les pratiques funéraires, la performeuse suisse Aurélia Lüscher papote avec les esprits pour faire revenir sa grand-mère disparue. Une séance de spiritisme pleine de dérision qui bouscule nos préjugés sur l’au-delà.
Connu pour ses chorégraphies tout en blocs mouvants, le Grec Christos Papadopoulos étoffe son écriture dans une nouvelle pièce de groupe qui traque la dissonance pour mieux déployer la force de l’unisson.
Comment le monde agricole peut-il garder espoir quand deux agriculteur.ices se suicident par jour ? Selon Jean Giono, chantre de la paysannerie, une seule joie suffit pour que le monde en vaille la peine. En adaptant son roman Que ma joie demeure, Clara Hédouin invite à repenser notre rapport au rural et au vivant, le temps d’une randonnée théâtrale en pleine nature.
Comment agir dans un monde où la violence semble inévitable ? La metteuse en scène Pauline Bayle plonge dans l’une des plus grandes épopées de la culture indienne, le Mahabharata, pour interroger les chemins qui mènent à l’usage de la force et à la violence. À travers le conflit meurtrier qui oppose deux clans d’une même famille, huit interprètes féminines font résonner les dilemmes de cette fresque monumentale avec les tensions contemporaines. Une manière, pour nous aussi, de questionner notre place dans le monde et notre propre capacité à agir. Mouvement vous emmène dans les coulisses de la création du spectacle au Théâtre Public de Montreuil.
Artiste multitâche connue à la scène comme à l’écran, Vimala Pons revient au théâtre avec un nouveau mastodonte. Composition chorale pour dix interprètes, Honda Romance propose un triptyque halluciné sur nos affects réprimés par le régime techno-capitaliste.
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
Il y a trois ans, les artistes Elina Kulikova et Dima Efremov ont fui une Russie où il n’était plus possible d’être queer ou antimilitariste. Depuis, le duo a imaginé une Trilogie de la guerre musicale et théâtrale dont le premier chapitre, Un Champ brûlé, bouscule une culture russe muséifiée et mise au pas.
Arts
Abordant des rivages aussi disparates que la pop franquiste, la résistance au colonialisme et l’hybridation humain/animal, le FRAC Franche-Comté retrace vingt ans de carrière de l’artiste Nina Laisné dans une expo fleuve. De l’Amazonie au Tage en passant par le Doubs, embarquement pour un pays lointain où les arts visuels donnent le beau rôle à la musique.
Photographie
Le vrai, le faux, le crédible : cette année, plusieurs expositions des Rencontres d’Arles interrogent moins le contenu des images que la manière dont elles construisent leur autorité.
RENCONTRE AVEC LIZE SPIT & LOUISE CHENNEVIÈRE
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
portfolio
Dans la piscine d’Éric Longequel, il y a : des ballons de baudruche, des cassettes VHS, une paire de ciseaux et l’envie de faire couler l’injonction spectaculaire. Dans ce court solo, le circassien mêle apnée et jonglage, immergé dans une cuve d’eau étroite.
Après les variations sur papier de PLI (2022), Inbal Ben Haim s’intéresse aux possibilités formelles de la corde lisse à travers un dispositif où les spectateur·ices font évoluer la scénographie en direct. Une pièce à la narration encore fragile, qui parvient néanmoins à tisser une relation singulière à son public.
Motif récurrent de la fiction et des arts vivants, le dance contest est une démonstration brutale de la mise en concurrence des corps par le capitalisme. Accompagnée des danseur·euses de la compagnie Carte Blanche, la chorégraphe grecque Katerina Andreou livre sa version d’un techno-marathon, sans pitié, mais toujours avec précision.
En France, pour obtenir l'asile en raison de son orientation sexuelle, il faut réunir des preuves et constituer un dossier, qui sera passé au crible par l'administration. Violence d'État, aberrations juridiques, poids du silence et de la honte : dans cette dernière création, Nicolas Barry pénètre les couloirs de l'OFPRA pour mieux exposer ce processus d'aliénation.
À l’heure où les récits nationalistes rêvent de cultures homogènes, l’exposition collective Au-delà de toutes les mers prend pour point de départ les circulations entre le Maroc et la France pour interroger ce qu’elles transforment.
Neta Oren et Pierre Laloge jonglent chacun à leur façon : Neta avec des balles, Pierre avec des mots. Dans une mise en scène intimiste, le rappeur narre les mouvements de la circassienne et les épreuves de la vie. Une pièce touchante malgré des inégalités dans le rythme.
Des images low-tech, des jeux d’ombre, quelques machines et quatre mains : les New-Yorkais Steven Wendt et Phil Soltanoff déploient un monde depuis presque rien dans un spectacle en diptyque. Une économie de moyens qui fait du bien et nous ramène à l’artisanat d’un spectacle vivant fabriqué sous nos yeux.
Si elle se pratique nu comme un verre avec des Nike blanches aux pieds, la danse de Wallace Ferreira et Davi Pontes n’en est pas moins une pratique d’auto-défense. Dans le troisième et dernier opus de leur cycle Repertório, le duo continue de représenter les expériences des corps queer et racisés et perfectionne sa méthode : une mise en scène d’une simplicité pure, un mouvement ultra sharp d’une rigueur infaillible.
Dans un face-à-face sensible, le dramaturge Mohamed El Khatib et le chorégraphe Israel Galván reviennent sur leur enfance et leur relation conflictuelle au père.
Cancer, myopathie, fatigue chronique et douleur : Benoît Piéron a passé une enfance « hors du champ de la vie ». Aujourd’hui, l’artiste transcende cette expérience dans des formes à la fois cute et subversives. Ses peluches, ses lits d’hôpitaux et ses cabanes magiques racontent, l’air de rien, une vie à la merci du corps médical. Dernièrement, au fil de ses rencontres dans le milieu queer, Benoit Piéron à découvert qu’en plus de ce qu’il appelle « ses maladies de compagnie », il est né intersexe. « Je n’ai jamais vraiment su qu’elle était ma lettre dans l’acronyme LGBTQIA+. » S’il l’ignorait, c’est parce que l’establishment hospitalier a pour habitude d’opérer l’intersexuation au plus jeune âge et conseille aux familles d’en faire un tabou. Pour son exposition personnelle au Palais de Tokyo intitulée Vernis à ombres, le quarantenaire ressuscite la baie vitrée de son enfance, derrière laquelle est projeté un film porno abstrait, geste radical par lequel il se réapproprie son corps. Alors, comment vit-on quand la société nous place à la marge de tout ? Réponse avec un artiste qui s’est fabriqué loin de la norme.
La Compagnie Rasposo aime le cirque à l’ancienne, sa poésie, ses agrès, son Guignol. Mais, après 35 ans d’existence, sa directrice Marie Molliens ouvre un espace pour interroger cet héritage et ses traditions.
Dernière sensation en date sur la scène européenne, Carolina Bianchi étrille la domination masculine dans le second volet de sa trilogie consacrée aux représentations de la violence. Une conférence performée XXL, drôle et très cadrée, dans laquelle la dramaturge affirme son art théâtral : maltraiter la scène pour l’aimer plus encore.