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« Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. » Lorsqu’Emmanuel Macron s’émeut, dans une verve chiraquienne, des méga-feux qui ont ravagé la forêt pendant l’été 2019, les médias internationaux s’en font l’écho. La lettre ouverte que trois représentants des communautés indigènes d’Amazonie ont envoyé à Jair Bolsonaro six mois avant les incendies, elle, n’a pas suscité une telle émotion. Marcos Apurinã, du peuple Apurinã, Bonifácio José et André Baniwa, du peuple Baniwa, y dénonçaient pourtant clairement les politiques qui détruisent « le poumon de notre planète » : « Les terres indigènes ont un rôle essentiel pour […] l’équilibre environnemental et même pour la survie de la population du Brésil et du monde entier. […] Nous ne sommes pas contre ceux qui ont opté pour un modèle économique occidental et capitaliste. Mais nous avons notre propre façon de vivre, de nous organiser sur nos terres et nous avons notre propre forme de pérennité. Notre modèle de pérennité vise à nous maintenir et à assurer l’avenir de nouvelles générations. […] Nous, porte-paroles indigènes, représentants légitimes, sommes prêts à dialoguer, mais nous sommes également prêts à nous défendre. » Les rapports scientifiques abondent : l’Amazonie produira plus de carbone que ce qu’elle en absorbe lorsque 20 à 25 % de sa surface aura été déboisée, contre 15 % actuellement. Si sous la présidence de Jair Bolsonaro, la déforestation a augmenté de 22 % sur une année, les chefs indigènes pointent la perpétuation des logiques coloniales de l’État brésilien, quels que soient les mandats : lorsque l’exploitation industrielle et agricole de l’Amazonie s’est accélérée dans les années 1970, sous la dictature militaire, le monde occidental qualifiait cette destruction de « miracle brésilien ». 

 

 

Carnets de luttes

C’est cette lettre ouverte qui a convaincu Laida Azkona Goñi et Txalo Toloza-Fernández de s’immerger dans le territoire amazonien afin d’en capter les réalités au-delà du « spectacle global » que représenterait aujourd’hui cette zone. De cette enquête est née une trilogie théâtrale : PACÍFICO qui remonte le fil de la colonisation du point de vue des autochtones. Avec son dernier volet, Teatro Amazonas, on s’immerge auprès des organisations militantes et des mouvements ruralistes indigènes. Pour comprendre « la dette de l’État brésilien aux peuples indigènes », la chorégraphe et le vidéaste ont débarqué à Manaus, la capitale de l’État de l’Amazonas. La ville s’étale sur plus de 11 000 km2  et compte plus de 2 millions d’habitants, dont les seringueiros, les travailleurs de l’hévéa, composent la frange la plus pauvre. Première idée reçue qui s’effrite : cette « jungle » n’est pas une nature vierge, uniquement habitée par des communautés traditionnelles, menacée par des exploitations productivistes isolées. Fondée par les colons portugais au XVIIe siècle, devenue le cœur de l’industrie du caoutchouc au XIXe siècle, puis zone franche dans les années 1950, Manaus est l’un des poumons économiques du pays. Le titre de la pièce est d’ailleurs emprunté au nom du majestueux théâtre qui fût construit à Manaus pour la bourgeoisie : un symbole de l’âge d’or industriel de la ville.

Au cours de son voyage, le duo a recueilli de nombreuses voix, rarement audibles sur la scène internationale, notamment les récits de celles et ceux qui luttent contre des politiques coloniales-capitalistes – l’un n’allant pas sans l’autre. La dernière en date : un projet de loi autorisant l’exploitation minière sur les terres autochtones, sans que ceux-ci n’aient voix au chapitre. Ces femmes et ces hommes luttent aussi pour sauvegarder et affirmer une conception cosmogonique du monde, propre à remettre en question le principe de propriété. Un rapport horizontal à la terre, sans frontières entre les êtres humains et non-humains, le vivant et l’inerte, le visible et l’invisible, héritée des premiers peuples. Sur scène, les deux auteurs se font les porte-voix de cette histoire militante tout en traçant au scotch noir sur le plateau nu la carte d’un territoire façonné par les eaux. À mesure des sacrifices, des assassinats, des violations des droits mais aussi des unions de luttes, des actions de résistance, des manifestations – « femmes en tête » – relatés, ils y font pousser des habitats-arbres, bricolés avec des pans de bois aggloméré rouge, vert ou constellés de points. Les noms de ces acteurs, dont seules les paroles nous parviennent, apparaissent en fond de scène : Rocha, Eurico, Korubo, Antenor, Maria B. … autant de personnes à la suite d’une plus célèbre à qui la pièce rend hommage : le militant syndicaliste Chico Mendes, engagé auprès des seringueiros et contre la déforestation, et qui fût assassiné en 1988 par un riche propriétaire terrien.

Teatro Amazonas de Azkona &Toloza. p. Tristan Perez-Martin

Pièce de théâtre documentaire ? Conférence performée ? Installation pédagogique ? Peu importe, Laida Azkona Goñi et Txalo Toloza-Fernández investissent surtout le théâtre comme une chambre d’écho. Le duo le rappelle : « Les médias, tout comme l'art, à travers le cinéma et la littérature, ont servi à justifier l'avancée d'un progrès effréné, en parlant toujours de l'Amazonie comme d'un espace désertique, vide, sans population ni villages, mais offrant de multiples richesses qui n’attendraient qu’à être exploitées. » Une place reste à prendre à l’écart du brouhaha médiatique mais aussi dans la perspective de décoloniser nos propres pratiques esthétiques.

 

> Teatro Amazonas de Azkona &Toloza a été présentée du 2 au 4 décembre au Théâtre Garonne, Toulouse