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« Je bois de l’Oasis pour parer à ma détresse. Je suis comme un désert, très chaude mais très très triste. » À la croisée des lyrics de Bonnie Banane et de Théodora, Mercedes Dassy a pensé sa nouvelle création comme un concert performatif ou un long clip de chair et d’os. Sur scène, un tas de draps blancs offre un nid aux diverses créatures qu’elle incarne : show-girl endiablée, serpent rampant, chanteuse mélancolique. La musique et le son sont omniprésents : bruits de jungle, sonnerie de téléphone ou cacophonie métallique forment un univers entre nature et technologie, une esthétique cyborg récurrente dans ses shows. Cette fois pourtant, l’enjeu s’est déplacé. Avachie sur son lit d’ado dépressive aux allures de banquise fondue, Mercedes Dassy nous plante en plein dans son intimité. 

 

À califourchon sur un ballon, la performeuse branche à sa poitrine deux tireuses à lait. Dans un mouvement de va-et-vient, entre souffrance et jouissance, Mercedes Dassy fait durer le malaise. Une femme qui produit du lait : toujours un tabou ? Sommes-nous à ce point déconnectés de nos métabolismes ? Le regard fier, l’artiste prolonge le face à face avec le public. Elle affirme, dans son costume de résille et son pantalon-armure en jean rembourré, une féminité combative et ultra pop. Quelques minutes plus tard, on la retrouve pourtant enfouie sous les draps, protégée du monde et de sa violence. En livrant son expérience personnelle de post-partum – passée avec succès par la moulinette de l’abstraction – Mercedes Dassy incarne l’ambivalence des « femmes puissantes » : que font ces icônes féminines omniprésentes dans les médias une fois la porte fermée ? Parfois, elles chantent comme des casseroles. Souvent, elles pleurent et restent au lit toute la journée. 

 

Faire reset

 

Qu’est-ce qu’enfanter quand l’air sent le roussi ? Comment être artiste quand on voit venir l’apocalypse ? Une piste de réponse se trouve peut-être dans l'histoire de l’évolution : face aux bouleversements, savoir s’adapter a toujours été capital. Avec Spongebage in LA, la performeuse offre une ode à la métamorphose perpétuelle et propose ce début de solution sans verser dans la bien-pensance : parce que faire des spectacles, chercher de nouveaux états humains à chroniquer sur scène, c’est oser la vulnérabilité. Et à voir les montagnes russes que traverse Mercedes Dassy dans cette chambre-refuge, on comprend que cela fait autant de mal que de bien.  


Spongebabe in L.A. (4 love & anxiety) de Mercedes Dassy a été présenté les 23 et 24 janvier dans le cadre du festival Trajectoires en coréalisation avec le Lieu Unique au TU-Nantes


⇢ les 1er et 2 juillet au Festival de la Cité, Lausanne (Suisse)

⇢ les 12 et 13 septembre aux Subs, Lyon

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