FLÉAU D'AGNÈS GEOFFRAY : ON SORT LE FOUET



© Manon Gallois


Instrument de punition par excellence, le fouet charrie un imaginaire encombrant : celui de l’esclavagisme, du BDSM et du dressage animal, dans le sport comme au cirque. Pour Agnès Geoffray, celui-ci évoque plutôt la tradition suisse alpine des Geissleschlöpfer, consistant à claquer le sol pour éloigner les démons. C’est ce versant-ci de l’objet qu’explore l’artiste dans sa courte pièce Fléau, pacifiant au passage notre perception de ce bout de cuir rigide mais bourré de qualités plastiques. La performance agence cinq interprètes – danseur·euses, circassien·nes, ainsi qu’une « whipcrackeuse professionnelle » – dans une chorégraphie dépouillée qui ouvre la voie aux projections personnelles. C’est par le son que l’outil nous parvient d’abord : ses sifflements puis ses claquements, son rythme et sa texture. Le fouet s’érige ensuite en accessoire de danse : il redessine l’espace, élargit le périmètre des interprètes, prolonge leurs membres – à l’image d’un ruban de gymnastique rythmique, en plus austère toutefois. Enfin, il est le prétexte d’une transe voire, qui sait, d’un rituel de désenvoutement. Et si le fléau, appellation à la polysémie déroutante, était cet appendice bienfaiteur plutôt que l’annonce de quelque cruauté à venir ?




GIMME A BREAK !!! DE BAPTISTE CAZAUX : NOSTALGIE POST-COVID



© Morgan Carlier Van Elslande


Souvenez-vous : 2020, en plein confinement, vous fixez votre plafond en vous posant des questions existentielles. À l’époque, Baptiste Cazaux se retrouve comme tout le monde coincé entre 4 murs et réalise un soudain manque de spiritualité. GIMME A BREAK !!! raconte cette quête d’élévation. Sur une scène baignée de white noise et de lumière verte, le danseur cherche du regard le public. Il arrange les haut-parleurs, tente de trouver une harmonie dans la succession de bruits métalliques qui en émanent. Tout son corps exprime le désarroi dû à l’isolement prolongé. Pour se libérer de cette langueur, il emprunte aux headbangers leur technique de danse : de violents mouvements de tête pour coller aux BPM et se mettre dans cet état de transe bien connu des ravers. Nourri par diverses approches spirituelles de la danse, GIMME A BREAK !!! orchestre savamment sa montée en puissance. Une fois la scène montée et l’échauffement effectué, Cazaux s’épuise progressivement jusqu’à l’acmé, véritable déflagration énergétique. Tel un derviche moderne, le danseur prône la répétition, l’exténuation et le dénuement. Le tout sur une scène vide et dans un accoutrement maison : un slip et une chemise – la tenue des confinés de 2020. Loin de paraître anachronique, GIMME A BREAK !!! résonne encore avec nos solitudes post-covid.





Plan D du 3 au 13 avril 2025 au Palais de Tokyo (en collaboration avec le CND).


Fléau de Agnès Geoffray : 

⇢ du 3 au 6 avril au Palais de Tokyo


GIMME A BREAK !!! de Baptiste Cazaux : 

⇢ les 5 et 6 avril au Palais de Tokyo


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