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Quatre figures fantomatiques errent sur le pont d’un navire négrier bricolé avec des chaises en plastique. Un corps maquillé de noir gît sur un autel. La danseuse et chorégraphe Betty Tchomanga soigne ses images : abstraites, souterraines, de celles qui attrapent les viscères et se glissent sous la peau. Celles-ci sont autant de jalons de sa quête personnelle. Enfant de Charente-Maritime, elle part à dix-huit ans à la recherche de ses racines camerounaises. Ce premier voyage, suivi de nombreux autres, marque le début d’un cycle. Depuis, la chorégraphe – longtemps interprète pour Marlene Monteiro Freitas, Emmanuelle Huynh ou Nina Santes – s’évertue à représenter sur scène l’histoire coloniale qui lie l’Occident à l’Afrique, à travers la figure vaudou de Mami Wata (Mascarades) ou celle du navire-monde (Leçons de Ténèbres). Face à l’époque qui se radicalise, la metteuse en scène abandonne l’ambiguïté des images pour les mots. Avec sa dernière création, une série de portraits intitulée Histoire(s) Décoloniale(s), elle investit les salles de classe, portée par son envie de transmission. Rencontre à Brest, le port industriel dans le dos et l’océan sous les yeux.


Entretien extrait du N°125 de Mouvement




Vous vous êtes fait un nom sur la scène contemporaine avec le solo Mascarades, qui reprend la légende de Mami Wata. Comment avez-vous rencontré cette divinité ?

 

Durant une fête de famille au Cameroun, l’un de mes oncles me souffle : « Attention, il ne faut pas aller se baigner dans la mer, il y a Mami Wata. » C’est la première fois que j’en entends parler. On la décrit comme une femme blanche, une sirène, aussi attirante que repoussante. Ces différentes représentations sont liées à l’arrivée des colons sur le continent africain et à la circulation des croyances. Elle n’est pas seulement présente en Afrique centrale mais aussi en Afrique de l’Ouest, en Inde, au Brésil ou à Cuba. Cette déesse incarne le rapport ambivalent entre l’Occident et l’Afrique, fait de violence, d’attraction, de répulsion. Au Bénin, les autels à son effigie sont constitués de tout ce qui incarne l’Occident : des parfums, des canettes de Coca, du talc. M

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