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Plantée comme un champignon au milieu de la scène déserte, une maisonnette grossièrement taillée dans des pans de carton se dresse fièrement face à la salle. Il ne s’agit ni d’une réquisition des lieux par une classe de grande section de maternelle, ni d’un élément de décor inachevé : dans les créations de Miet Warlop, les objets les plus quotidiens briguent les rôles principaux.



Objets Vivants Non Identifiés


Dans un bain de lumière claire qui ramène à la tranquillité d’un après-midi d’été, l’acte premier s’ouvre sur un boîtier électrique bipède qui tient le mur en carton. Adossé à la bâtisse, il plie et déplie nonchalamment ses excroissances : deux longues gambettes montées sur claquettes-chaussettes. Sans bras, sans face, le compteur sur pattes digne d’une toile d’Edward Hopper nous ferait presque sentir les volutes d’une cigarette qui ne grille que dans nos têtes.


À l’autre bout de la boîte noire, un carton hésitant fait ses premiers pas sur les planches. De la pointe de ses sneakers, il tâtonne et promène son regard du bout d’un cyclope en papier kraft. Dépourvu de tête, haut symbole de l’espèce humaine légué par la philosophie occidentale, le corps cubique chatouille nos projections anthropomorphes. D’un glissement de longue-vue, il joue des œillades ; d’une inclinaison de tronc, il trahit son inconfort. Et voilà que les deux silhouettes, pas humaines et plus tout à fait objets, engagent un flirt muet au vocabulaire pourtant bien familier.



La raison du plus fort


Si le James Dean à durites et son acolyte en cellulose s’activent tranquillement, le débarquement fracassant d’un personnage bien humain vient jeter un trouble à la situation. Grognon, agité, et sans égard pour la matière animée, le bonhomme en costume n’est pas sorti de sa cabane qu’il entreprend des grands travaux de réaménagement. Il glace l’atmosphère en un claquement de porte, dégaine scie et marteau, coupe la longue-vue, brise les jambes du compteur électrique, et démolit en deux temps-trois mouvements les amitiés en pleine floraison.


Contre le démiurge mégalo, sa face figée et son regard distant, les objets à taille humaine résistent, et - chaque fois que l’homo sapiens libère l’horizon - reprennent tout en délicatesse les scènes les plus ordinaires du répertoire comique, où il est question de pudeur, de curiosité, d’attraction et de maladresse. Le vacillement d’un rabat ou le froissement d’un coin de nappe dessinent des émotions subtiles, toujours dans une écriture strictement chorégraphique. Et si les situations traversées par ces non-humains hyper-sensibles amusent d’abord par leur apparente naïveté, elles nous ramènent doucement mais sûrement aux plus élémentaires galères du sujet bien humain.

 

> After All Springville (Disasters and amusement parks) de Miet Warlop, du 27 au 29 mai au Théâtre Dijon-Bourgogne, dans le cadre du festival Théâtre en Mai ; les 8 et 9 juin aux Brigittines, Bruxelles ; les 23 et 24 juillet au festival Paris l'Été