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Un vieil homme traverse le plateau en faisant glisser son balai. À côté des instruments de musique, une commode et un portant. Derrière, trois pans de tissu transparents. La lumière éclaire encore la salle, on croit assister à la mise en place des comédiens, comme si la pièce n’avait pas commencé. Dans cette mise en scène simple, dépouillée, évoluent trois artistes japonais installés en France : l’acteur octogénaire, proche de Peter Brook, Yoshi Oida, la chorégraphe quadragénaire au geste d’une sensualité ciselée Kaori Ito et, plus en retrait, le musicien Matoko Yabuki, septuagénaire passé par la Kabuki – autre forme de théâtre, marquée par le registre épique – et spécialiste des instruments traditionnels japonais. Ce mythe revisité est le prétexte à une rencontre artistique sensible, qui problématise le Japon traditionnel depuis l’Occident contemporain.


© Christophe Raynaud de Lage



Un nô moderne ? 


Un vieux jardinier tombe amoureux d’une princesse, près d’un étang. Elle lui fait croire qu’elle se donnera à lui en échange d’un tambour. Mais c’est une ruse, car le tambour en question, qui est recouvert de soie, reste silencieux. Rongé par le désespoir le vieillard se noie dans un étang, puis revient d’entre les morts pour hanter la princesse. Ce récit traditionnel, tirée d’une pièce de nô intitulée Aya no Tsuzumi – adaptée par Yukio Mishima, qui l’a nommée Le Tambour de soie (1950-1955), puis par Jean-Claude Carrière, qui signe le texte –, Kaori Ito décide de la revisiter avec l’ambition de la moderniser : la culpabilité rejetée sur la princesse semble en effet coller à des stéréotypes sexistes. La chorégraphe prend toutefois à bras-le-corps la complexité de ce personnage, à travers sa danse de la folie. Dans cette version, le jardinier devient un agent d’entretien du théâtre, incarné par Yoshi Oida et la princesse, une danseuse jouée par Kaori Ito. Parée d’un costume rouge aux grandes manches, cette dernière déploie une gestuelle intense, tourbillonnante, ondulante, s’abandonnant à la frénésie des percussions de Matoko Yabuki. Une manière d’interroger le ressenti contradictoire du personnage ? De montrer une voie d’émancipation pour un corps féminin traditionnellement vu comme tentateur et coupable ? Elle revendique en tous cas une prise de distance en interrogeant dans sa note d’intention « la responsabilité de cet homme », en parlant du vieillard.


Mais cette histoire semble avant tout le prétexte à la rencontre et à la transmission entre plusieurs générations d’artistes japonais installés en France. Avec subtilité, Kaori Ito et Yoshi Oida dialoguent sur scène, faisant jaillir par leur présence, la simplicité du texte. La danseuse apprend des pas à Yoshi Oida et ils dansent ensemble, pour former un duo touchant, où l’admiration mutuelle transparaît. Portés par la musique de Matoko Yabuki, qui fait sonner tantôt avec calme, tantôt véhémence ses instruments traditionnels, ils déploient leur complicité et l’on croit voir se superposer différents moments de l’histoire du théâtre. Le Tambour de soie apparait ainsi comme un conte léger, débarrassé du pathos annoncé dans le mythe.



> Du 10 au 26 novembre aux Amandiers à Nanterre.