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Combien de fois, ou combien de temps, faudrait-il mourir pour que quelque chose de nouveau puisse advenir ? Une seule fois, le temps d’un spectacle, répondrait sans doute Vanasay Khamphommala. Si l’autrice reste enterrée sous un monticule de terre la plus grande partie de sa pièce Écho, c’est que les révolutions se forgent aussi depuis les enfers.


Mais repartons un peu en arrière. À la manière de cette nouvelle création d’ailleurs, qui fonctionne comme une digestion, amoureuse et à rebours, du mythe antique d’Echo. Dans la version héritée des Métamorphoses d’Ovide, cette jeune nymphe, trop loquace, se voit privée de parole par Héra. Condamnée à répéter les dernières syllabes de ses interlocuteurs, elle ne peut avouer son amour à Narcisse et de chagrin, se change en pierre. Ce genre d’histoires – de femmes qui meurent d’amour – on nous en fait manger comme des salades depuis des siècles. Et plutôt que de faire avec, on pourrait aussi commencer à les vomir, même si c’est par le cœur. C’est à ça qu’on pense, quand Vanasay Khamphommala ouvre la pièce d’un rituel conjuratoire aussi intense que délicat.  



Mais repartons un peu en arrière. Et répétons-nous, à la manière de cette nouvelle création d’ailleurs, qui sait à quel point la répétition est une arme utile pour faire dérailler les narrations, qu’à défaut de savoir vomir, on finit par croire « normales » : c’est beau, une femme qui meurt d’amour. Nue, Vanasay/Echo entre donc sur scène d’un pas processionnaire et précautionneux. S’il s’agit de détraquer les mécaniques lubrifiées de nos habitudes de pensée, pas question de le faire par la force ou d’ériger de nouvelles idoles. Dès les premières minutes la performeuse trouve – et tient – un savoureux équilibre entre vulnérabilité et puissance, humour et solennité. Armée d’une érudition frondeuse, elle entreprend avec ses acolytes Caritia Abell, Natalie Dessay et Pierre-François Doireau de remixer au shaker les références culturelles pour façonner une nouvelle mythologie, autrement plus joyeuse. Alors, les bavardages d’Echo se confondent avec un faux journal intime filmé, confidences d’une « fille du calvaire » sur un amour à sens unique duquel on souffre d’autant plus qu’on le sait tristement banal. Alors, les lamentations de la nymphe de Monteverdi trouvent en Lara Fabian leur double contemporain. Alors, écrites en direct et projetées sur l’écran du fond de la scène, les histoires du panthéon littéraire peuvent se raconter sur un plan d’égalité avec leurs commentaires, si souvent relégués dans les marges. C’est depuis cette horizontalité et ce refus de la hiérarchie qu’Echo s’élance vers une libération explosive : les nymphes ont mieux à faire que de répéter les mots d’amour qu’on ne leur a jamais dits. Spoiler : ce ne sont pas les seules. 


> Echo de Vanasay Khamphommala, du 19 au 24 septembre au Plateaux Sauvages, Paris ; du 4 au 10 octobre au Théâtre Olympia, CDN de Tours ; du 18 au 22 octobre au TNBA, Bordeaux ; les 13 et 14 décembre à la Maison de la culture d’Amiens