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Au lieu de la froide et épaisse porte en bronze du Palais de Tokyo, un portique, constellé d’ampoules colorées rappelant les décorations chaleureuses des fêtes de fin d’année. Une fois franchi, une vision digne du plus surréalistes des contes de Noël : des lutteurs s’empoignent, coude-à-coude avec des couples de tango. Un danseur de hip-hop mime les ailes d’un cygne sur l’aria d’un contre-ténor qui reprend un tube de Britney Spears. Des ballerines font leurs pointes sur des percussions brésiliennes. Un acrobate passe sur les mains, un ballon vole, une harpe retentit. Telle est la promesse d’Alliance des corps : réunir des sports et des danses à l’ADN militant : le derby roller – né du croisement de revendications féministes et du punk –, les tambours batucadas – élément festif de l’identité brésilienne développé dans la douleur des champs de coton – ou encore les footballeuses en hidjab, qui affirment le droit au sport pour toustes. « Dance first, think later » indique un panneau lumineux. Une manière subtile d’en appeler à passer à l’action.


Lorsqu’un.e artiste a carte blanche pour envahir l’architecture monumentale du Palais de Tokyo et ses 22 000 mètres carrés d’espaces bruts, la tentation de réaliser une œuvre totale est forte. L’année dernière, l’artiste allemande Anne Imhof caressait cette ambition en lâchant sur le marbre blanc du centre d’art un défilé de performeurs fashion aux démarches de zombies, déambulant entre des sculptures, des peintures et des installations d’envergure au ton de déprime urbaine décadente. C’est avec une toute autre énergie que Marinella Senatore investit les lieux, préférant à la tristesse grunge la joie des fanfares, aux performeurs influenceurs les associations franciliennes, à l’intervention démiurgique de l’artiste-génie l’effacement et la discrétion : à l’œuvre totalisante et fermée, l’œuvre ouverte et participative. La journée, les assos organisent des workshops pour initier le public à leur discipline. Le soir, ils mélangent leur corps dans une improvisation générale à l’énergie carnavalesque.




Chorale populaire 


« Joyeux bordel », l’expression est sur toutes les lèvres. Ici, la foule ovationne un spectacle de claquettes. Plus loin, trois danseurs de voguing performent avec les chants d’une chorale gospel. Le public sourit et s’exclame, l’émotion est directe. Délimitée par les spectateurs assis en cercle, l’agora centrale accueille l’enchaînement des numéros. L’alchimie opère sur cette place de village éphémère, décorée des Luminaries de Marinella Senatore, ces grands panneaux lumineux inspirés des fêtes de son Italie natale. Ensemble, les rubans de la GRS et les mouvements des lutteurs LGBT+ résonnent différemment. On décloisonne les genres, et l’intention du geste sportif n’est plus évidente. Les corps, jamais similaires et fiers d’être out, coexistent sans distinction. La fin des frontières et des hiérarchies entre les arts, l’indistinction entre le classique et le populaire, permet aux uns et aux autres de se rencontrer. Portée par la ferveur ambiante, la communauté joviale et bigarrée invente spontanément, créé de nouvelles formes et propose des gestes inédits : une culture commune s’improvise.



Un chant résonne a cappella, les paroles suivantes se détachent : « El pueblo unido jamás será vencido » (Le peuple uni ne sera jamais vaincu). Dans cette chanson, initialement écrite pour soutenir le président socialiste Salvador Allende aux élections de 1973, résonne les enjeux citoyens de l’évènement Alliance des corps. Dans l’œuvre de Marinella Senatore, les artistes ne se déconnectent pas de la société pour mieux l’appréhender, ils sont la société elle-même.




> Alliance des corps de Marinella Senatore, au Palais de Tokyo, jusqu'au 18 septembre 


Photographies de Paul Fogiel