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Les arts forains ont cette générosité qui manque aux parcs d’attractions surdimensionnés : proposer le rêve avec des moyens simples, pour que tout le monde puisse se l’offrir. Le Centquatre s’en est inspiré pour changer de décor : au-dessus de ma tête, les ampoules rouges font comme des fruits mûrs. Des cris résonnent, là où d'habitude, on chuchote. Des sourires francs s’installent rapidement sur tous les visages. Les cloisons blanches ont cédé aux carrousels, aux stands de tir à la carabine et aux machines à pince.


Des illusions à hauteur d’homme, donc. Les miroirs déformants par exemple. C’est tout simple, pourtant ça fait bien rire… ou ça effraie : ceux de Subodh Gupta se mettent à vibrer, sans raison, pour émettre un son assourdissant, un roulement de tambour sorti de nulle part, à s’en crever les tympans, comme s’ils étaient secoués par un esprit vengeur. Dans le doute d’avoir été visité par une force maligne, je cherche une cartomancienne qui pourrait m’exorciser. Je n’en trouve pas, en revanche je tombe sur l’étrange dispositif de Véronique Béland, artiste tout aussi spirite, composé d’un appareil photo et d’un piano : j’applique ma paume contre un socle censé lire mes lignes de vies… Les touches du piano s’actionnent toutes seules et une photo monochrome (la couleur de ma personnalité) sort, mélodie et couleur de mon âme – on y croit ou pas, pour moi c’est jaune et fa mineur.


Loris Gréaud, Erwin © Quentin Chevrier


Bien décidé à me faire une frayeur, je prolonge ma catabase mystique dans une autre salle où, pour trois jetons, on me place dans un mini-train où mes genoux rentrent à peine. Je me méfie de petits êtres qui dorment en boule sur le sol, des créatures poilues ou un peu trop glabres, fabriquées par Berlinde De Bruyckere, experte des peaux roses trop réelles pour être vraies. Heureusement les wagons avancent. Collé au fond de mon siège, dans le noir complet, j’ignore à quelle sauce je vais être mangé. Mais la suite est pire : un œil tranché par une lame de rasoir (extrait du Chien Andaloude Luis Buñuel), un suicide canon en bouche, une chorale de tronçonneuses, des chevaux siamois allongés, des bestioles dans du formol… je tourne en rond dans le tunnel de mes pires cauchemars.


Je ressors pour m’aérer, à la recherche de divertissements un peu moins angoissants. Des jeux de forces, c’est ce qu’il me faut ! Ici, on peut faire gonfler le cliché de sa virilité sur une machine conçue par Pilar Albarracín, une tête de taureau dont il faut compresser les cornes pour faire grimper les chiffres en LED qui mesurent la force. En face, un panneau à l’effigie d’ORLAN, nue, la vingtaine, sert de cible à un chamboule-tout, comme si, Christ féminin, elle se sacrifiait pour toutes les violences subies par les femmes. Pris d’euphorie, je saute à la hâte dans l’auto-tamponneuse qui se trouve au centre de la pièce : il me faudra quelques instants pour comprendre qu’il n’y a qu’une voiture, pas plus de quatre mètres carrés de piste, personne à percuter – la montée de souvenirs d’enfances ravivés par Pierre Ardouvin presque immédiatement stoppée par les limites de l’installation.


Je ressors de là, moitié défoulé, moitié nostalgique, un creux au ventre. Je poursuis une odeur de grassouille qui flotte dans l’air depuis que je suis arrivé. Je tombe sur un stand de gaufres en forme de petits Aliens 2D, œuvre à déguster du mosaïste de rue Invader. À l’extérieur, les nouvelles du monde ne sont pas meilleures, mais personne ne boude un peu de joie. On ne sait pas de quoi sera fait demain.



> La Foire foraine d’art contemporain, du 17 septembre au 29 janvier 2023, au Centquatre-Paris