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Elle s’avance, la tête haute, le menton relevé. Sa silhouette fine, ses mains graciles et ses coudes anguleux se découpent en ombres chinoises dans l’écrin de briques rosées du Théâtre Garonne à Toulouse. En un claquement de doigts et de talons, Stéphanie Fuster incarne la flamenca, danseuse du genre chorégraphique et musical né dans les communautés gitanes d’Andalousie. Préférant à la robe rouge à froufrou, une tenue noire de matador, la chorégraphe toulousaine aura sitôt fait de déboulonner cette effigie bien dessinée dans nos esprits.


D’ailleurs, lorsqu’elle s’approche micro à la main, ce n’est pas pour nous raconter son désir incandescent pour le flamenco, qu’elle a étudié à Séville, mais de la fameuse Gradiva, qu’elle a croisé au détour d’une carte postale. D’apparence très ordinaire, la statue conservée dans un musée du Vatican accède à la célébrité grâce à une nouvelle publiée en 1903. Avec sa Gradiva, fantaisie pompéienne l’écrivain allemand Wilhelm Jensen raconte la vision et les rêves d’un archéologue, Norbert Hanold, obnubilé par cette figure de femme marchant vers l’avant. Commenté par Freud, l’ouvrage devint un terrain d’analyse privilégié pour les psychanalystes. Puis la sculpture inspira le surréaliste Dalí, fit l’objet d’une entrée des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes ou même sujet de plusieurs films. « Gradiva c’est un souffle, un principe » reprend Stéphanie Fuster qui se laisse elle-même guider par cette femme qui ne fait que passer.

 

Gradiva, celle qui marche de Stéphanie Fuster p. Aude Lemarchand

 

De profil, le talon levé prêt à frapper le sol ou à marcher, la chorégraphe, qui se reconnaît dans les observations et rêveries de l’archéologue, est autant Gradiva que flamenca. Grâce à la générosité de ses gestes et ses explications méthodiques, elle joue à exposer, à se rapprocher ou à s’éloigner des clichés que les deux figures charrient – d’un côté la femme ordinaire, de l’autre une pulsion érotique. La musique de son corps est rapide, terriblement captivante, autant que ses mains qui se croisent devant son visage. Les airs de guitare qui soutenaient ses mouvements se sont arrêtés pour ne laisser planer dans l’air qu’un lointain rythme en écho : une palpitation presque techno qui vient des chaussures de la danseuse, branchées à un micro. Crissement de cuir, claquements vifs, c’est tout un monde sonore qui s’ouvre pour signifier que le flamenco s’écoute autant qu’il se regarde.


Solo ou quête initiatique, presque psychanalytique, Gradiva, celle qui marche happe et attire dans le monde intérieur de Stéphanie Fuster. « Je voulais amener les spectateurs dans ma chambre » précise celle qui a pris soin, en décortiquant les pas et les principes du flamenco, de dévoiler l’épais mystère qui entoure cet art. Si Stéphanie Fuster, sous l’égide de Gradiva et avec la complicité de la metteuse en scène Fanny de Chaillé, démystifie la flamenca dans cette pièce brillamment orchestrée, ce n’est pas pour l’accabler mais bien pour lui déclarer son amour, sans fantasmes ni chichis.

 

> Gradiva celle qui marche de Stéphanie Fuster a été présenté du 15 au 17 décembre au Théâtre Garonne à Toulouse ; le 24 mai au Parvis, Tarbes ; du 4 au 8 octobre au Montfort, Paris ; le 1er décembre à Fleurance ; les 17 et 18 janvier 2023 au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines