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Voilà une étrange forêt : les arbres y sont femmes, hétérogènes et dispersées. Leurs branches clignotantes diffusent les voix des oiseaux, les glougloutements de l’eau et les sifflements du vent. Entre elles, une silhouette se faufile furtivement jusqu’aux rangées de spectateurs, retourne à son refuge. À la lumière de longs serpents en néons assoupis sur le sol, Gabriela Carneiro da Cunha assure la circulation des fluides sonores, volant d’une enceinte à une autre, s’inquiétant à voix basse du confort de ses porteuses de sons recrutées avant l’entrée en salle. Sur scène, pourtant, rien que des êtres bien humains, un plateau presque nu, des coulées de fils électriques déroulés sur la longueur, et du matériel de régie à vue.

 


La langue de l’hôte

 

Pour partager un peu de ses longs séjours au bord du Xinju, l’un des bras du fleuve Amazone, il n’était pas question pour l’artiste de multiplier les fausses verdures et les trompe-l'œil en carton-pâte. À l’instar des habitants de la région, évoluant entre rituels et recours à la technologie la plus contemporaine, l’auteure de Altamira 2042 emploie l’artefact high-tech pour rendre visible la matière la plus organique. Depuis une clef USB brandie en totem, un chant chamanique embrasse la salle. Par la bouche d’une grosse enceinte – symbole de la culture populaire brésilienne –, une voix de femme raconte la naissance du fleuve. Dans la tranquillité de cette nuit d’été, calé.e.s dans la sécurité bruissante de la jungle en effervescence, un chemin se dégage vers les esprits Xinju.

 

À rebours de la pièce à thèse ou de la porte-banderole écolo, la pièce de Gabriela Carneiro da Cunha instaure le tempo de la contemplation, proposant de ressentir un rapport au monde au lieu de le décrire. Et ce n’est qu’après avoir instauré l’autorité des bruits de la forêt et de ses habitants, après en avoir éprouvé l’harmonie et la vitalité, qu’il sera question de ses opposants. Viendra bien assez tôt le temps des machines, des entrepreneurs, du commerce international et de l’exploitation mercantile des ressources et des êtres. Mais avant la montée au front, énoncée en toutes lettres sur le grand écran latéral, il faudra éprouver par le corps l’attachement à ce monde menacé.



 

Maintenant, c’est la guerre

 

Au chant des oiseaux et de la rivière succèdera celui, mortifère, du Belo Monte, immense barrage construit à partir de 2013 dans la ville d’Altamira. Le projet, initié et soutenu par le gouvernement brésilien, était censé booster les apports électriques du pays. Plus sûrement, il a signé l'assèchement fatal de tout l’écosystème environnant. De cela, il sera question dans les extraits vidéo projetés en fond de scène et dans les fragments d’entretiens avec les habitants de la région. À travers la figure pythique incarnée par Gabriela Carneiro da Cunha, on aborde la guerre humaine déclenchée sur les terres Xinju, entre les populations marginalisées et les multinationales toutes puissantes. Mais plutôt que verser dans le catastrophisme stérile ou l’émerveillement New Age, Altamira 2042 préfère se faire le terrain d’entraînement à la guerre des horizons, activement orchestrée par une performeuse enthousiasmante aux allures de combattante cyborg.

 

> Altamira 2042 de Gabriela Carneiro da Cunha a été présenté les 3 et 4 juin au Théâtre Garonne, Toulouse, dans le cadre du festival In Extremis ; les 24 et 25 juin au Grand Sud, Lille, dans le cadre des Latitudes Contemporaines ; les 9 et 10 juillet à Santarcangelo, Italie