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Sur scène ou dans la fosse, ils ne sont pas moins de cinquante-sept chanteurs, soixante-dix musiciens et quatorze danseurs, à vue d’œil ou de nez. Autrement dit, les artistes de l’orchestre et les chœurs de l’Opéra Vlaanderen, les membres du Ballet de cette même institution flamande augmentés par quelques-uns de la compagnie du chorégraphe Alain Platel. Toutes et tous sont ainsi réunis à l’Opéra de Lille, débordant du plateau ou tout comme. Il faut préciser que, pour compliquer la chose, la pente de ce théâtre à l’italienne – déjà ardue dans des salles de type Garnier, comme celle conçue par Louis Marie Cordonnier en capitale ch’ti – était pour l’occasion accentuée de plusieurs degrés par le metteur en scène-scénographe belge. Six marches à l’arrière-scène renforcent la perspective, faisant office de podium, amorçant ou annonçant le forum antique, doublant l’aire de jeu, l’espace dévolu aux ébats et débats.


Commande du Teatro Real de Madrid – il y a de ça dix ans – qui surfait sur le double anniversaire de Verdi et Wagner – compositeurs nés en 1813 – C(H)ŒURS nous offre deux œuvres lyriques pour le prix d’une. Ce qui justifie en partie le dépassement de la durée habituelle d’une pièce « contemporaine », dans le cas présent sans répit ni entracte. Certains, on en connaît, pourront être agacés par des réflexes cabotins, des effets théâtraux datant du bon vieux temps de l’agit’prop ou par quelques tics maniérés à la Pina Bausch. Mais nul ne saurait se lasser d’une B.O. alternant scies musicales surpuissantes et thèmes lyriques subtils prélevés dans le Requiem, Nabucco, Aïda, Macbeth, La Traviata de Verdi, Lohengrin, Tannhäuser, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner.




Que C(H)ŒURS soit de l’opéra, du théâtre ou de la danse n’a guère d’importance, tant la pièce est riche de trouvailles visuelles. Du début du show – avec un danseur androgyne, immobile, offrant son dos au public, homme décapité exécutant un numéro de marionnettiste rien qu’avec ses doigts – au finale de celui-ci : un striptease de la troupe au grand complet rejoignant les coulisses. Autant d’idées inédites, de mouvements d’ensemble surprenants, de pas de deux acrobatiques, de thèmes musicaux diffusés à fond et d’images fortes qui ne se limitent pas aux quelques slogans brandis sur des pancartes durant la pièce.


On pourra toujours chipoter et relativiser le recours aux sujets d’actualité, susceptibles d’être vite dépassés. Qui se souvient avec précision des Indignés de la Plaza del Sol ? De Podemos ? A-t-on besoin de l’art pour se remémorer le Printemps arabe ? La dette publique grecque ? Qui a encore en tête Aléxis Tsípras ? Nuit debout ? Qui peut croire que Marguerite Duras était une tête penseuse politique et non une poète ? Les choristes de Platel ont agité un bref moment deux foulards aux couleurs du drapeau ukrainien et le public a applaudi ce geste symbolique. Le fait est que la question préoccupante d’aujourd’hui chasse les autres, le temps faisant son œuvre.

 

> C(H)ŒURS d’Alain Platel a été présenté du 11 au 14 juin à l’Opéra de Lille dans le cadre du festival Latitudes contemporaines