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Avec ses cheveux longs groupés en catogan, son jean délavé, ses bagues et ses colliers rapportés de voyages lointains, le musicien Jorge Pardo a tout du hippy sexagénaire ou du routard. Trance, documentaire d’Emilio Belmonte dévoilé en avant-première au festival flamenco de Nîmes, se consacre à ce personnage, star de l’art andalou.

En gros plan, dès l’entame, on le trouve à l’œuvre, soufflant sur son instrument de prédilection : la flûte traversière. Celle-là même sut séduire le guitariste de légende Paco de Lucía qui engagea Jorge Pardo dans son sextet et, par la suite, charma les amateurs de flamenco, de flamenco-jazz, contemporain ou « fusion ».

 

 

À l’écran, Pardo tire avec son imprésario des plans sur la comète. Parmi ceux-ci, un projet sort du chapeau, qui prend le nom de Trance et devenant obsessif, sert de prétexte ou leitmotiv au film. Il s’agit de réunir la crème des musiciens rencontrés lors des tournées à travers le monde pour donner un grand concert lors de l’édition 2019 du festival Suma Flamenca qui a lieu au théâtre du Canal, à Madrid. Du portrait de Pardo, le réalisateur passe alors aux préparatifs de l’événement, dans une logique scénaristique propre au musical, faite d’embûches, d’empêchements, de désistements devant être nécessairement couronnée de succès.

Cette quête est l’occasion de découvrir une brochette d’artistes, instrumentistes et danseurs, de haut niveau, parmi lesquels : le claviériste de jazz fusion Chick Corea (disparu depuis, début 2021), le violoniste virtuose indien Ambi Subramaniam, le pianiste Caramelito, le contrebassiste Javier Colina, les guitaristes Niño Josele, Pepe Habichuela et Diego Carrasco, les formidables cantaores Tomás de Perrate, Fernando de La Morena et Rycardo Moreno, le fougueux bailaor Farruquito, la danseuse Ana Morales, le batteur d’exception Mark Guiliana, le harpiste de génie Edmar Castañeda. Excusez du peu !

Comme il l’avait fait avec la danseuse et chorégraphe Rocío Molina, dans Trance le réalisateur nous fait partager le quotidien et une part d’intimité de l’artiste. Pardo parcourt les routes, fait halte au port d’attache qu’est son modeste « chalé » (pavillon) familial à Mojácar, où il n’est que rarement. Il discute avec un fils qui lui fait grief de ses absences - en se rafraîchissant dans sa petite piscine - se confie à sa compagne - une jeune artiste qui se sent aussi quelque peu délaissée -, partage quelques verres avec ses amis musiciens puis est introduit par le grand guitariste Emilio Caracafé à la cité des 3000 de Séville. Là, dans la ville qui fut le berceau du flamenco, il est accueilli en héros par les gitans, population à l’origine de cet art.

 

> Trance de Emilio Belmonte a été présenté au cinéma le Sémaphore dans le cadre du Festival Flamenco du Théâtre de Nîmes ; en salles à l'été 2022