Le passé est parfois plus proche que l’on croit. En se demandant pourquoi les codes du cirque avaient tant changé – exit les chapiteaux, paillettes, rôles stéréotypés et la virtuosité à tout prix –, Anna Tauber a réalisé qu’il existait une histoire plus secrète des arts de la piste. À l’ombre des grandes familles, quelques aventuriers autodidactes de l’acrobatie avaient, eux aussi, défié les lois de la gravité, et ce sans filets. Ultra-indépendants, ils sillonnaient la France au gré des invitations, repoussant toujours un peu plus loin les limites. Certains d’entre eux étaient encore en vie. L’une était quasiment sa voisine à Toulouse : Suzanne Marcaillou, voltigeuse dans les années 1950, aujourd’hui nonagénaire.
En 2017, Anna et Suzanne se sont rencontrées. Une amitié et un spectacle sont nés. Jusque-là chargée de production pour des compagnies, Anna Tauber monte pour la première fois sur scène et elle est désarmante de justesse. Seule en scène, micro en main, la voilà dialoguant avec des films d’archives et la genèse de son projet : remonter, avec des amis, le numéro phare des Antinoüs, le duo qui fit la gloire de son aînée dans les années 1970.
Suzanne et Roger M. - Les Antinoüs, environ 1950-1960 ©DRDans cette « déclaration d’amour au cirque », celle qui se définit comme une « circassienne hors-piste »entremêle l’histoire de Suzanne, la sienne propre, et celle de la discipline. Ce faisant, elle met en lumière ce que cette dernière a d’existentiel. Le cirque, c’est beaucoup de choses : une affaire de vie ou de mort, d’engagement passionné, de prise de risque, de solidarité et d’amitié. Suzanne est tout cela, et un peu plus encore : une réflexion sur les trous de la grande histoire et un éloge tout en finesse des filiations, choisies ou biologiques. Se faire gardien du passé ne signifie pas toujours l’inscrire inchangé dans le marbre. Parfois, c’est exactement l’inverse : révéler le potentiel de création qu’il abrite et ses résonances avec l’ici et maintenant.
Suzanne : une histoire du cirque d’Anna Tauber & Fragan Gehlker a été présenté du 17 au 20 décembre au Théâtre des Célestins, Lyon
⇢ les 21 et 22 janvier dans le cadre du festival Smells like Circus à Miramiro, Gand (Belgique)
⇢les 24 et 25 janvier à Latitude 50, Marchin (Belgique)
⇢ du 28 au 30 janvier aux Halles de Schaerbeek, Bruxelles (Belgique)
⇢ les 3 et 4 février à la Maison de la culture de Tournai
⇢ du 12 au 21 février dans le cadre du festival Les Singulier·es au CENTQUATRE, Paris
⇢ du 13 au 19 mars au théâtre Garonne, Toulouse
⇢ les 25 et 26 mars au Théâtre de Mâcon
⇢ les 5 et 6 mai à La Passerelle, Sait-Brieuc
Lire aussi
-
Chargement...

