Noetinger/Doneda/eRikm
Ronda/Metamkine
Avec Dos d’ânes, Michel Doneda, Jérôme Noetinger et eRikm embarquent leurs instruments et dispositifs sonores pour une équipée à la mécanique malicieuse, retraçant quelques-unes de leurs escapades scéniques communes de 2006-2007. Un exercice de style sonique sans amortisseurs ni limitation de vitesse.
Il y a les routes que l’on emprunte quotidiennement et celles qui mènent sur les chemins de la découverte, de l’expérimentation ; celles du confort des parcours répétés, ou celles qui induisent le risque, le virage trop serré, voire l’accident. A bien observer la pochette de cet album de l’équipage Noetinger/Doneda/eRikm, on imagine sans peine l’option de voyage choisie : au premier plan, un carrefour – rappelant que l’on a toujours la possibilité de choisir entre l’une ou l’autre direction – est surplombé de nuages noirs, comme pour indiquer que le temps va bientôt se gâter. Il était de toute façon difficile d’imaginer que ces trois-là puissent opter pour une virée pépère et la sécurité du pilotage automatique. Le GPS, la direction assistée, l’airbag en option, très peu pour ces activistes invétérés de la libre expression musicale, aussi titrés qu’un Sébastien Loeb dans la catégorie des mécaniques parasitées et des chocs saturés, entre bruissements activés et silences suggestifs. Le titre le confirme aussi bien qu’une jauge qui clignote. Dos d’ânes. Un jeu de mots (l’anagramme phonétique de Doneda) qui résonne comme un jeu de pistes, forcément bosselé, chaotique et inconfortable comme un périple à l’arrière d’un pick-up sur une route constellée de nids de poule.
Enregistré à la faveur de différentes prestations live dans des lieux emblématiques (Pied Nu au Havre, Instants Chavirés de Montreuil, Carré Bleu à Poitiers, sans oublier Météo, le festival jazz de Mulhouse où s’est formé le trio), Dos d’ânes emprunte les chemins les moins balisés pour déjouer les vigilances les plus zélées. Il fait nuit dans la tête, précise ainsi, en un nouveau pied de nez, le deuxième morceau, quand les bruits de pluie sur la chaussée viennent interférer avec les ondes magnétiques du Grandeur nature introductif. Aux zigzags du saxophone soprano de Michel Doneda, qui tantôt s’emballe à la vitesse du compte-tours, tantôt se range avec fébrilité sur la bande d’arrêt d’urgence (les sifflements aigus du vent et des véhicules qui défilent semblant habiter une grande partie de la deuxième piste), viennent donc s’articuler les traitements électroacoustique de Jérôme Noetinger et les brisures électroniques des CD manipulés par eRikm. Les temps de pause sont d’ailleurs fréquents, comme à l’orée du troisième morceau, Nervures, où les grésillements de fréquences pourraient même indiquer un problème de carburation. Qu’on se rassure, la machine toussote, crachote, jette quelques écrans de fumée, mais finit pourtant bien par redémarrer, dans des échos de klaxons étouffés et d’essuie-glaces plaintifs. Histoire d’assurer encore à cette équipée prolixe quelques énigmatiques embardées, avant une sortie de route aussi elliptique qu’une campagne de la sécurité routière.
(Lire sur notre site : http://www.mouvement.net/index.php?idStarter=213182)
Artiste(s) :
Noetinger/Doneda/eRikm compositeur
Michel Doneda compositeur
ERIKM compositeur
Jérôme NOETINGER compositeur
Laurent Catala rédacteur
Publié le 18/01/2010 00:00
Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)