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<i>Oscyl</i> de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux Oscyl de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux © p. Laurent Philippe

Ciao Pantin

Oscyl, le nouveau titre du duo Fattoumi-Lamoureux a été créé en terres rimbaldiennes dans le cadre du festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières. Une valse des pantins pour sept danseurs à l’aura Dada. 

Par Nicolas Villodre publié le 18 sept. 2017

À part, peut-être, une légère baisse de tension au troisième acte de la pièce, une fois explorés en tous sens les principes actifs et réactifs d’une fusion danse-musique-sculpture, l’œuvre nous a immédiatement paru saisissante de beauté. La scénographie, à base de huit oscyls ou ramponneaux imaginés par Stéphane Pauvret et réalisés par Cyril Cornillier, clone en la déclinant la tardive Entité ailée (1961) de Hans Arp. Autant de figures à échelle humaine, plus légères, s’il est possible, que les danseurs.

 

Poésie & sculpture

Hans Arp passa, en vingt ans à peine, de l’ « expressionnisme abstrait » issu de Der Sturm au collage Dada et au relief découpé laissant place au hasard et, finalement, à la ronde-bosse semi-figurative célébrant le corps féminin en général et celui de la danseuse en particulier. Sa première femme, Sophie Taueber, disciple de Laban et consœur de Mary Wigman, fabriquait pour sa part des marionnettes en bois peint. Les groupes ici sculptés peuvent faire penser aux mannequins dessinés par Oskar Schlemmer pour son Ballet triadique ; à ceux, « métaphysiques » et surréalistes au sens qu’en donna Apollinaire, de De Chirico ; aux schématisations monumentales et plus anguleuses d’un Henry Moore, ou encore aux oursons et poupons d’un François Pompon...

Oscyl de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux. p. Laurent Philippe

Les sept samouraïs dociles d’Oscyl font bon ménage avec leur double. Comme eux, il tombent et rebondissent, tournoient et se stabilisent, plient et ne rompent pas. L’épure chorégraphique à laquelle nous assistons n’a pu être obtenue par Héla Fattoumi, Éric Lamoureux et leurs interprètes qu’au bout d’une année de travail et de cohabitation avec leurs encombrants mais fragiles collègues de bureau – chaque choc pouvant bosseler ou érafler le poli du polymère.

 

Il faut être absolument moderne

Naturellement, la liberté des uns – qui est, avec le rire, le propre de l’homme – et la prévisibilité des autres avantagent (pour l’instant) les jeunes gens de chair et os. L’enjeu de la robotique n’est pas le thème ici traité. Lestes plutôt que lestés, tirant des ficelles invisibles, produisant la naissance du mouvement (le bal ou ballon étant l’essence de la danse, du moins en occident), faisant corps avec leur guignolesque incarnation, les interprètes se révèlent d’une insigne douceur. Tous ont cependant, qu’on ne s’y trompe pas, leur originalité, les uns dans leur tenue et retenue, les autres dans la monstration ou démonstration spectaculaire – « performative », au sens sportif, combatif et circassien du terme.

Oscyl de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux. p. Laurent Philippe

La difficulté de l’entreprise n’est pas que d’ordre technique. L’automatisme, le balancement, la gravitation, peuvent, à la longue, lasser. Et le partenaire de jeu, le cavalier pour grand échiquier, le valseur manchot, devenir des boulets. Ce n’est pas ici le cas. Il faut dire que les tenues fringantes de Gwendoline Bouget, les boucles sonores du mix in situ produit à l’aide du séquenceur Ableton Live par Éric Lamoureux, les éclairages impeccables, efficaces et sagaces d’Éric Wurtz contribuent à animer, au sens propre, les baigneurs.

 

 

> Oscyl de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux a eu lieu du 16 au 17 septembre dans le cadre du festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières ; le 12 octobre dans le cadre de la biennale de la danse en Lorraine à l'Arsenal, Metz ; le 21 novembre dans le cadre du festival Instances à l'Espace des arts, Chalon-sur-Saône ; le 16 janvier à Les Scènes du Jura, Dole ;  le 23 janvier au Théâtre, Saint-Nazaire ; les 25 et 26 janvier au Granit, Belfort et à MA, Montbéliard ; les 30 et 31 janvier aux 2 scènes, Besançon ;  du 22 au 24 février 2018 au Théâtre national de Chaillot, Paris ; le 19 avril à la Filature, Mulhouse.