<i>Wonderstruck</i> de Todd Haynes Wonderstruck de Todd Haynes © p. D. R.
Critiques cinéma critiques

Wonderstruck

Le film de Todd Haynes, Wonderstruck, qu’on pourrait traduire par « Le Miraculé », même s’il n’a rien de commun avec celui, loufoque et grinçant, de Jean-Pierre Mocky, a été une des bonnes surprises de la sélection officielle cannoise.

Par Nicolas Villodre publié le 23 mai 2017

Pur produit des Studios Amazon – compagnie qui élargit son domaine de compétence, pour ne pas dire son empire prétendant au titre de major – c’est une fable sentimentale sur l’enfance orpheline en quête de ses origines. Le coup de foudre n’est pas ici celui dont traite généralement le cinéma, plutôt la rencontre de deux générations coupées pour partie du monde extérieur. Les deux protagonistes sont, l’une, sourde de naissance, l’autre, frappé soudain par ce même handicap. Malgré quelque pécadille scénaristique (à force de procrastiner en jouant aux devinettes avec les personnages plus qu’avec les spectateurs qui en savent long sur eux, on peut par moments en effet s’impatienter), il faut reconnaître que le traitement de deux époques éloignées de cinquante ans correspondant à l’arrivée du film parlant (1927) et à l’année de la grande panne électrique à New York (1977), est fidèle aux photographies, aux archives filmiques et aux souvenirs personnels qu’on en garde. Comme dans Carol, Haynes soigne le moindre détail susceptible d’apparaître à l’écran, que ce soit au premier ou à l’arrière-plan.

Est aussi fait usage du montage alterné instauré par Griffith. D’ailleurs, il est fait référence, pour justifier la fugue de la jeune protagoniste cherchant à retrouver sa mère du côté de Broadway, aux mélos des années 1910 et 1920 dans lesquels figure cette dernière. Julianne Moore tire profit de sa photogénie pour jouer une diva du muet et interprète aussi le rôle de la protagoniste une fois devenue adulte (elle a, pour cela assimilé la langue des signes). Les vies parallèles des deux personnages finissent par se croiser au Museum d’histoire naturelle de New York, peuplé d’animaux naturalisés que le 7e art, plus que la science en son état actuel, est susceptible de ressusciter. Soit dit en passant, ces bébêtes fascinantes pour leurs mutations passées annoncent les manipulations génétiques dont traite le film de Netfix ayant pour star un gros cochonou, Okja. La caméra a elle aussi des dons, dont celui d’explorer le temps comme l’espace. En passant du noir et blanc à la couleur, on entend d’ailleurs le thème du Zarathoustra de Richard Strauss cher à Elvis 70 et au Kubrick de 2001.

 

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