© Lucio Fontana, Ambiente spaziale, 1967/2017, vue de l’installation au Pirelli HangarBicocca, Milan, 2017. Courtesy Pirelli HangarBicocca, Milan.
Critiques arts visuels

Une odyssée de l'espace

Au Pirelli HangarBicocca de Milan, l’exposition Ambienti/Environments propose un remontage des environnements de Lucio Fontana (1899-1968). Un projet inégalable par son ampleur, qui retrace 20 années de réflexion et de travail que l’artiste spatialiste a consacré à la lumière. 

Par Valérie Da Costa

Saluons le travail, quasi archéologique, des commissaires de l’exposition – Marina Pugliese, Barbara Ferriani, Vicente Todolí – qui réussissent le tour de force de réunir onze environnements spatiaux (Ambienti spaziali), des premiers datant de la fin des années 1940 jusqu’aux derniers de la fin des années 1960. Soit vingt ans de travail et de réflexion sur la lumière qui n’ont cessé d’accompagner Fontana dans sa volonté de sortir de l’espace de la toile et de la sculpture pour proposer, bien avant de nombreux artistes, des œuvres d’expérience, la tête tournée vers les étoiles et l’espace sidéral

A partir de 1949, Lucio Fontana crée son premier environnement spatial (Ambiente spaziale a luce nera), dans lequel le visiteur est plongé dans la lumière noire (dite lumière de Wood). Une première œuvre qui coïncide avec la mise en place de ses réflexions personnelles et collectives développées ces mêmes années dans les manifestes du spatialisme, et qui envisage la création comme une forme dématérialisée, au-delà du tableau et de la sculpture, portée par de nouveaux matériaux (lumière noire, néon, télévision, radar) ; ces « nouveaux moyens de l’art », comme il les définit dans l’un des manifestes du spatialisme. Sa réflexion est pour le moins visionnaire si l’on regarde sa première installation de 1951 en néon (Struttura al neon), une ligne continue et courbe de 100 mètres, qui atteste que Fontana fut le premier artiste (bien avant Dan Flavin, Mario Merz, Pier Paolo Calzolari… à la fin des années 1960) à faire entrer ce matériau dans l’espace de la création.

Faut-il le rappeler, Fontana était fasciné par l’espace sidéral, sujet au cœur de tout son œuvre sur lequel il n’a cessé de s’exprimer. À titre d’exemples, l’Ambiente spaziale « Utopie » créé avec la designeuse Nanda Vigo en 1964 est une plongée dans un couloir rouge où les déplacements sont canalisés par un sol sinusoïdal. Quand à celui réalisé en 1966 pour son exposition personnelle au Walker Art Center (la seule de son vivant dans une institution américaine), il nous immerge dans une constellation que l’on parcourt en avançant sur un sol mou. Enfin, l’Ambiente spaziale con neon, l’un des trois environnements réalisés pour son exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam (1967), est une simple pièce éclairée par un néon rose, ce qui n’est pas sans évoquer ce que fera plus tard James Turrell, au début des années 1980, avec ses Ganzfeld.

Le parcours proposé au Pirelli HangarBicocca est une immersion dans chacun de ces environnements. Une succession de capsules spatio-temporelles dans lesquelles entre le visiteur, qui se termine par la salle éblouissante (Fonti di energia) saturée de lignes de néon bleu et vert créée pour l’exposition « Italia 61 », en commémoration de l’unité italienne.

L’objectif de Fontana fut de créer des « sensations spatiales », d’explorer et de réunir des sensations visuelles et tactiles. Alors, en proposant cette déambulation au sein de ces espaces lumineux, il faut rappeler une fois encore combien l’artiste fut un homme de son temps, profondément contemporain et engagé dans son époque, mais aussi à l’affût du futur et des transformations du monde. Fontana ne fut pas l’homme d’une seule esthétique, celui des trous (buchi) et fentes (tagli) qui composent ses Concepts spatiaux (Concetti spaziali), et sa modernité a contribué à penser le langage de l’installation et de l’environnement dont il a été l’un des grands précurseurs, ce que l’on aurait parfois tendance à oublier. L’exposition « Lucio Fontana. Ambienti/Environments » est là pour le rappeler, brillamment.

 

> Lucio Fontana. Ambienti/Environments, jusqu’au 25 février au Pirelli HangarBicocca, Milan.