Vue de l'exposition <i>L'Archipel</i>, Vue de l'exposition L'Archipel, © Antoine Espinasseau et Crac de Sète.
Critiques arts visuels

Errance dans les îlots

Hippolyte Hentgen / Laura Porter

Sous le nom évocateur de L'Archipel, la nouvelle exposition du Crac de Sète invite le spectateur à se déplacer de salle en salle comme s’il naviguait entre des îles artistiques. 

Par Tiphaine Calmettes publié le 3 nov. 2014

Archipel. Le mot résonne, laissant imaginer plusieurs images d'un ailleurs orientées par celle du carton d'invitation, un oiseau bleu derrière une grosse fleur rose (Hippolyte Hentgen).

Dès la première pièce, nous sommes plongés dans un univers présenté comme « tropicool », Florent Viel présente un wall painting chaleureusement coloré reprenant des bec de toucans. Au centre de la salle, deux plantes d'intérieur et deux bancs en bois, chacun accompagné de leur cocktail nous invitent à aller « un peu plus loin après la mer », dans nos fantasmes exotiques. Dans la salle suivante, des gouttes sculptées dans du polyuréthane bleu dessinent un espace en négatif, l'absence de goutte dans ce polygone nous amène à imaginer un abri. Aux murs, une série de dessins orange – inspirée d'illustrations composées par Jules Férat pour l’édition originale de L’île mystérieuse de Jules Verne (1875) –, dont des collages de formes florales vertes viennent nous gêner la lecture.

Alors qu'on s'attend à continuer sur une esthétique « exotique », le travail de Valérie du Chéné, en collaboration avec l’historienne Arlette Farge, sur la prison de la bastille fait un pas de côté par rapport au  Pink Flamingo de la première salle. Elle propose une série de dessins, inspirés de fonds documentaires, sur lesquels interagissent des formes géométriques colorées, qui nous parlent de ces « histoire hautes en couleurs ».

 

Archipel, un déplacement sans cap

L'exposition, organisée par Noëlle Tissier et Jonathan Chauveau, se déroule en neuf temps.  Presque autant de salles que d'artistes. Tous ont été invités à investir une salle, donnant au musée un caractère insulaire. La « pensée archipélique » d'Édouard Glissant fait d’ailleurs office de fil rouge à cette succession, mais les quelques citations égrainées lors de la visite ne sont que peu explicitées. Il en revient finalement au spectateur de faire les liens qui lui semblent justes entre les différentes propositions, ce qui peut sembler un peu décevant face à un titre aussi évocateur.

Certains artistes, néanmoins, ont eu l’opportunité d'en inviter d'autres à dialoguer avec leurs travaux. En conviant Laura Porter à exposer dans la salle qui leur a été confiée, Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen (du duo Hippolyte Hentgen) font bon usage de cette possibilité. Au milieu de grandes tentures ainsi que d'un grand wall painting (forme reprise à trois fois) Laura Porter reconstruit une sorte d'écosystème personnel animé. Les différents éléments mis en place, tels que des haricots secs, s’offrent en écho dans les travaux de Hippolyte Hentgen. Le face-à-face de ces œuvres recréé à lui seule un îlot à part où la forme organique et plus construite se retrouve aussi bien dans les objets présents et les images représentées, que dans leur fabrication même. Les lignes franches des coupes de tissus de Hippolyte Hentgen se heurtent à la finesse des coups de crayon et dans l'installation de Laura Porter, l'aspérité de l'asperge se frotte à l'aspect lisse des tubes de PVC. De même, les associations d'images et de styles des dessins de Hippolyte Hentgen renvoient aux associations d'objets de Laura Porter. Un changement d'échelle s'opère par effet de zoom passant de la synthétisation à la prolifération entre la multitude de petits éléments de l'installation et les dessins analytiques du wall painting.

À l'étage, Laura Porter redéploie une nouvelle installation en reprenant quelques éléments présents en bas. Une petite plante d'intérieur placée sur un moteur tourne sur elle-même, des graines germées disséminées, des haricots secs thermoformés font osciller la vision d'une carte mère et d'une feuille de braille. Les différents éléments deviennent un vocabulaire dont l'agencement fourmillant nous fait voyager.

Bien vite, la responsabilité de la mise en résonnance des différentes propositions redevient pourtant le fait unique du spectateur. La dernière salle regroupe ainsi tous les artistes dont la tendance colorée – plus que les propos – vient faire lien. L'idée de « ne pas vouloir organiser un territoire autour d'une idée directrice » se donne à voir dans sa dimension la plus arbitraire. Reste alors à apprécier chaque proposition pour ce qu'elle est, et à laisser exprimer notre subjectivité, afin de tisser des liens à loisirs.

 

L' Archipel, jusqu'au 11 janvier 2015 au Crac de Sète.