<i>Dios proveerá</i> de David Bobée, Dios proveerá de David Bobée, © Sophie Colleu.

Dios proveerá (David Bobée)

David Bobée

Tournée : 

les 10 et 11 novembre à Les Théâtres de la Ville, Luxembourg

les 25 et 26 novembre à la Mac de Créteil

du 8 au 12 décembre aux Gémeaux, Sceaux.

Lire la critique "Tableaux colombiens" 

Par Aïnhoa Jean-Calmettes publié le 16 mars 2015

 

 

 

TABLEAUX COLOMBIENS

Dans le cadre du festival Spring, David Bobée créait Dios proveerá, un spectacle « par, pour et avec » onze artistes circassiens formés à La Gata Cirko de Bogota. Ou le portrait d’une jeunesse qui a trouvé dans les arts du cirque un échappatoire à la violence qui gangrène la société colombienne. 

 

L’obscurité s’épaissit, une rumeur s’élève. En sourdine, les bruits étouffés d’une rue qui s’agite. Sur la grande scène du Théâtre de Caen, séparée du public par des barrières en fer gris qui font le quotidien des villes du monde entier, une émeute se prépare. Une émeute au ralenti, guidée par une rage contenue, empreinte d’une violence qui s’extériorise, déjà sublimée en chorégraphie.

Bienvenue à Bogota, capitale colombienne où violence et beauté s’emmêlent jusqu’à l’indiscernable. Où les balles de jongles sont indifféremment instrument de jeux ou grenades, où les pas de danse se muent en jet de pierre, où les chants les plus célestes ont couvert les pires atrocités.

Vision d’une ville qui gronde Dios proveerá est moins la photographie d’une réalité géographique ou sociale qu’une peinture intime. La matérialisation, en tableaux successifs, d’impressions et de ressentis qui ont marqué la vie des onze artistes colombiens au cœur du projet, Edward Alemán, Gabriela Diaz, Diego Fajardo, Gabriel Gómez, Valentina Linares, Laura Lloreda, Wilmer Marquez, José Miguel Martínez, Luisa Montoya, Felipe Ortiz, Cristian Trivino.  

Pour façonner ce spectacle, David Bobée a suivi leurs traces l’été dernier à Bogota, « quasiment kidnappé » par Edward Aleman et Wilmer Marquez, rencontrés au Cnac en 2012. Il y a puisé des images et pris le pouls d’une atmosphère. Alors valsent, les oscillations entres les différentes cultures qui traversent l’héritage colombien, les rires et les jeux de rues comme de séduction, les airs de défi face aux figures de l’autorité – policière, religieuse, économique – toujours ridiculisées.

Tout, dans la mise en scène, pourrait tirer le spectacle vers autre chose, la tentation de délivrer une vérité plus générale. L’esthétique très cinématographique – surimpression du titre du spectacle sur le mur du fond en guise de générique, diaporama de vues de la ville… L’orchestre de chambre baroque, les Nouveaux caractères, qui porte dans la perfection de son interprétation une forme de transcendance.

« Le spectacle se construit entre cette ligne horizontale du politique et de la violence, et cette autre, verticale du religieux et du sublime » dira David Bobée à l’issue de la représentation. Mais dans cette tension, le propos reste pourtant toujours à hauteur d’homme, ancré dans le ici et maintenant de la performance circacienne et dans l’humilité de ces corps-acrobates qui « savent être et ne savent pas mentir ».

Renversement du titre, puisque « Dieu ne pourvoit pas ». Seuls les hommes peuvent, comme ici, choisir de fuir l’horizontalité de la guerre civile en lui préférant, arme d’émancipation, la verticalité des agrès de cirque. Pour apprendre à faire danser jusqu'aux barrières elles-même. 

 

EXTRAITS VIDÉO

 

 

Dios proveerá de David Bobée a été présenté du 11 au 15 mars 2015 au Théâtre de Caen dans le cadre du festival Spring.

Tournée : du 7 au 9 octobre au CDN de Haute-Normandie, Rouen ; les 12 et 13 octobre à la Maison de la culture d’Amiens ; les 16 et 17 octobre au Théâtre de l’Archipel, Perpignan ; les 10 et 11 novembre à Les Théâtres de la Ville, Luxembourg ; les 25 et 26 novembre à la Mac de Créteil ; du 8 au 12 décembre aux Gémeaux, Sceaux.