<i>Rule of Three</i> de Jan Martens Rule of Three de Jan Martens © Phile Deprez

Rule of Three

Rule of Three de Jan Martens appelle à communier et contredire le rythme percussif de la musique live, la spatialité du lieu de représentation et le mouvement des corps au plateau.

Par Moïra Dalant publié le 14 nov. 2017

Au départ la musique envahit l’espace, ou plutôt une suite de sons rythmiques étourdissent les corps et les regards. La lumière prend sa place, intermittente, comme la musique, une suite de flashs aveuglants dans lesquels un trio de corps se met peu à peu en place. Tout semble fonctionner par trois, jusqu’aux couleurs primaires des survêtements des danseurs. 

Sur le plateau, la machine musicale occupe l’angle gauche du fond de scène, sorte de monstre sonore, composé d’une batterie, de machines et d’enceintes, elle prend sa place pour ensuite se fondre dans l’espace. Elle devient, à l’instar des sons qui s’en échappent, matière mouvante et invisible, omniprésente et toile de fond. Si on peut l’accepter comme personnage principal de la pièce de Jan Martens, c’est toutefois le trio de danseurs qui nous préoccupe. Comme l’évoque le titre, Rule of Three, un espace triangulaire dessine le plateau, dirige l’œil et l’esprit du spectateur. Peu à peu une langueur, une attente se met en place, faite de mouvements rotatifs continus, à la fois à l’unisson et isolés. L’esprit est captivé par le surplace dynamique en même temps que contemplatif de ses séquences de danse ternaires. Les contradictions physiques et les ruptures de rythme surprennent d’un instant à l’autre, nous entrainant dans une spirale envoutante.

 

C’est sans oublier que l’appareil musical est le 4e personnage de cette scène auquel tous se soumettent, le trio de danseur comme les autres, le public qui regarde depuis le confort de la salle. Omniprésent et monstrueux, il devient l’adjuvant et le tyran du mouvement des danseurs, une relation qui se développe jusqu’à la rupture finale où, en quittant la scène brutalement, le musicien y met en terme et plonge la salle dans le silence. Ainsi s’ouvre avec humour le dernier chapitre de Rule of Three plaçant le spectateur dans la grande incertitude de la non-fin. Quand la musique s’arrête, la lumière se rallume et les corps se dénudent. Dans leur nudité biblique, les danseurs s’amusent à interpréter des postures hésitantes, légèrement gênées et joueuses. La tendresse, la fragilité et la complicité remplacent les états d’isolement et la virtuosité qui nous plongeaient auparavant dans un état contemplatif.

 

> Rule of Three de Jan Martens jusqu’au 15 novembre au Théâtre de la Ville, Paris ; le 17 novembre à l’Onde, Vélizy-Villacoublay