Vue de l'exposition, Vue de l'exposition, © Bertrand Stofleth.

Rébellion de la chair

À l’occasion de la Biennale de la danse, le musée des Confluences (Lyon) présente l’exposition Corps rebelles conçue par le Musée de la civilisation de Québec, en collaboration avec Moment Factory, sous la houlette de la commissaire Agnès Izrine, spécialiste française de la danse.

Par Nicolas Villodre publié le 14 sept. 2016

À tout seigneur, tout honneur : c’est la Montréalaise Louise Lecavalier, récemment filmée en plans rapprochés et en noir et blanc, qui donne le la (de Lalala) et ouvre le bal tout de suite après le vestibule ou préambule à l’effigie de Mary Wigman et Carolyn Carlson. Autant dire que, malgré quelques échappées du côté néoclassique, c’est l’univers de la danse contemporaine internationale, faisant la part belle à l’hexagone, qui constitue le corpus exhibé. Structurée en trois cercles vertueux apportant une mine d’informations peu à peu accessibles au visiteur, l’exposition préfère une approche thématique au fastidieux ordre chronologique. Elle offre une multiplicité d’entrées et donc de parcours, privilégiant (et pourquoi pas?) certains chorégraphes, avec lesquels la commissaire a une affinité, tout en respectant et restituant l’ensemble des styles actuels, au moyen de denses montages de danse encapsulés dans le noyau dur de la salle 14, enrichie d’éléments sonores restitués par casque Bluetooth. L’assemblage fonctionne parfaitement.

 

Riche sans être tape à l’œil

Le corps est pluriel par définition et, en français, le mot prend toujours un “s”. La rébellion l’est aussi pour les organisateurs qui distinguent différentes catégories réparties en espaces distincts : danse virtuose, danse vulnérable, danse savante, danse populaire, danses d’ailleurs et, bien entendu, danse politique. Le virtuose Merce Cunningham (CRWDSPCR) côtoie le vulnérable Raimund Hoghe; le politique (et Québécois) Daniel Lévéillé cohabite avec le savant/populaire Christian Rizzo (D’après une histoire vraie) ou avec sa compatriote Marie Chouinard ; le Lyonnais Mourad Merzouki (Lyon une terre de danse) se rapproche sans problème de Robyn Orlin (Daddy, I’ve Seen This Piece Six Times...), etc, etc. Toutes les rencontres, fortuites ou provoquées, sont ainsi possibles en un même lieu.

Photo : Bertrand Stofleth

Graphiquement, photographiquement, filmiquement, la danse emplit l’espace sans débord. Les casques audio et la salle obscure permettent le recueillement et évitent toute sensation de saturation, de trop-plein, de tape-à-l’œil de nos jours facilité par la vidéoprojection – en même temps que la star de la radio, la vidéo a tué l’objet, le fétiche, la photo, comme l’a prouvé, par exemple, la récente démo, tout en support/surface, Beat Generation, à Beaubourg. Indépendamment de son contenu « scientifique », en l’absence de trace humaine autre que sous la forme pelliculaire, Corps rebelles est belle.

Les photos en prise longue, agrandies et floutées, signées Michel Loisel font de l’effet, de loin ou de près. Les petits formats couleur impeccablement tirés méritent aussi le déplacement. Les écrans plasma du mur porteur alternent séquences dansées et commentaires. Les archives, on l’a suggéré, justifient à elles seules deux ou trois visites pour pouvoir toutes être assimilées. Le plus réussi reste sans doute la zone intermédiaire à base de triptyques en haute définition, tournés en noir et blanc pour l’occasion par Eric Legay, réalisateur talentueux qui pastiche le style Harcourt lorsqu’il laisse la parole à François Chaignaud.

 

Corps rebelles, du 13 septembre au 5 mars 2017 au Musée des Confluences, Lyon.