<I>Numéro 10</I> de Massimo Furlan, Numéro 10 de Massimo Furlan, © Présence suisse.
Critiques Pluridisciplinaire

Petites pépites suisses

Le 29 juin, House of Switzerland a invité la ville de Lausanne à se produire à Paris, au Wanderlust. Projections vidéos, théâtre et danse, une journée de performances en plein air sur les toits de la Cité de la Mode et du Design et sur fond d’Euro 2016.

 

Par Anthony Rossi publié le 11 juil. 2016

Écran géant, transat, pouf, l’ambiance est plantée au Wanderlust. Alors que certains sirotent tranquillement leurs bières, la performance Numéro 10 de Massimo Furlan est en train d’être projetée. Retour sur le légendaire match France-Allemagne de 1982 à Séville. Un homme seul, aux couleurs de la France, ressemblance sans équivoque avec Michel Platini, est au milieu d’un stade. Il retrace, à lui seul, l’histoire de ce match : celle-ci ne se réécrit pas, mais les émotions et la dramaturgie de l’événement sont reconvoquées. Alors que la projection continue, se constitue devant nous un trio loufoque de pseudo animateurs de foot. Humour et légers décalages, on s’amuse à grimer les commentateurs dans une ambiance bienveillante et pleine de bonhomie : véritable restitution de l’esprit collectif et festif d’un match. Mais bientôt le foot fait place a un autre langage corporel où ce n’est plus l’action du corps que l’on commente, mais celle-ci qui devient sujet.

 

Corps en action

Dans une disposition circulaire, Jozsef Trefeli et Gabor Varga entrent dans cette « arène » en jouant avec une bande de signalisation. Ils se guettent, prennent contact avec le public et tournent en rond en chuchotant des bribes de mots. L’un est né en Australie, l’autre est né en URSS, mais ils sont tous deux issus de la diaspora hongroise, et JINX 103 est l’occasion de parler de leur héritage commun.

La performance livre une rencontre entre deux hommes, rythmée et dynamique, au son de claquements de mains et de véritables percussions corporelles. « JINX » est une référence au mot que les anglais utilisent pour conjurer le mauvais sort, lorsque deux personnes disent la même chose en même temps. Ici, les artistes nous offrent une danse en miroir, interrogeant les notions de ressemblances et de dissemblances, une « conjuration » du mauvais sort pour la construction d’une chorégraphie qui réinvente les codes des danses folkloriques sous un jour contemporain. Ensuite, c’est au tour de Krassen Krastev d’entrer en scène et de faire de son propre corps objet de fascination. Totale combi lycra, il déambule au travers la terrasse et les pintes de bières, puis monte sur la petite estrade qui lui est réservée pour débuter, un numéro de pole dance. Fortement érotisé, son show devient une véritable machine à fantasmes où l’ambiguïté de ce corps engendre un brouillage des sexualités.

Bang Gang de Krassen Krastev. Photo : Présence suisse. 

Cette envie, ce traitement du désir, Maud Blandel s’en saisit plus tard dans Touch Down (1) en mettant en scène trois jeunes cheerleaders. Mini-jupe plissée et chorégraphie mécanisée, ces icônes des sixties proposent un tout nouveau Sacre du printemps. En revenant sur cet art de la maîtrise ou de l’excitation du public, la chorégraphe fait de l’entertainement un sacrifice moderne, celui de nos identités : répétitions gestuelles, mécaniques réglés, l’image se vide de son sens. Ces cheerleaders, d’abord jeune fille pleine de vie, parachèvent leur propre mécanisation au service de la machinerie du divertissement. 

 

1. Lire le carnet de création « Maud Blandel et les sacrées cheerleaders » publié dans le n°81 de Mouvement.

House of Switzerland a eu lieu le 29 juin au Wanderlust, Paris.