<i>Giotto Solo</i> de Carolyn Carlson, Giotto Solo de Carolyn Carlson, © Thibaut Chapotot.

Panthéonisée

Carolyn Carlson

Après avoir dansé à l’Opéra de Paris, au Théâtre de la Ville, à la Fenice, au Helsinki City Theater, au musée Bourdelle, au Grand Palais… Carolyn Carlson a été invitée à redonner son solo de 2002, Giotto, au Panthéon, dans le cadre de la manifestation Monuments en mouvement.

Par Nicolas Villodre publié le 20 sept. 2016

Pourquoi Giotto ? Pourquoi pas. Il faut bien trouver un titre à une pièce, ne serait-ce que la vague appellation « sans titre » ou, tout bonnement, un nombre. Le peintre italien Giotto marque le passage du sacré au profane, ce que symbolise aussi le Panthéon quelque peu boursouflé de Soufflot, récup laïque, civile, séculière d’une église royale, vouée à la patronne de la Ville de Paris, de celle de Nanterre et de... la gendarmerie nationale : Sainte Geneviève. Les allégories des vices et des vertus qui saturent parois, coins et recoins de la chapelle Scrovegni de Padoue immortalisée par l’humaniste et révolutionnaire en art Giotto, sont d’ordre moral ou psychologique et pas seulement religieux : L'Espérance, Le Désespoir, La Charité, L'Envie, La Foi, L'Infidélité, La Justice, L'Injustice, La Tempérance, La Colère, La Force, L'Inconstance, La Prudence, La Folie.

Carolyn Carlson, en tenue virginale, s’inspire du peintre, sans toutefois chercher à reproduire fidèlement tel ou tel sujet – chacun d’eux pouvant d’ailleurs servir d’argument à un ballet différent.  Plus que l’inamovible monument, c’est la peinture qu’elle met en mouvement, tournant le dos au mausolée honorant les morts de la Grande Guerre intitulé par Henri Bouchard Aux héros inconnus, aux martyrs ignorés morts pour la France, debout face au signe le plus tangible du mystère de la giration terrestre : le pendule de Léon Foucault. Sur la musique pour orgue et voix, lyrique, fascinante et planante de Gavin Bryars The Black River, la danseuse nous livre sa science du geste.

Photo : Thibaut Chapotot. 

Carolyn Carlson s’adapte naturellement au cadre solennel; elle a évidemment trouvé le meilleur emplacement lui permettant de communiquer sa variation d’une petite vingtaine de minutes au public nombreux et debout; optant pour le sur-place, elle limite l’expression à la partie supérieure du corps. Après un long passage sur tempo lent, elle dénude ses épaules, comme si elle voulait sortir d’un carcan, dénoue son chignon de ballerine romantique, se sert de sa chevelure comme d’un masque. Une simple cordelette fait office d’accessoire; elle amorce un jeu de ficelle faisant par là même allusion au Tensile Involvement (1955) de son maître Nikolaïs; elle en fait un bandage (bondage) lui encageant le visage. Elle pousse un cri muet, qui en rappelle un fameux autre.

Par une économie gestuelle qui correspond parfaitement au minimalisme de l’oratorio de Bryars, Carlson suggère plus qu’elle n’en dit ou s’appesantit, synthétise le syntagme gesticulé plus qu’articulé, ne tombe jamais dans l’anecdote qui tant rassure ses autres collègues chorégraphes, et stylise de sa touche tout ce qu’elle touche.

 

> Giotto solo de Carolyn Carlson a été présenté le 19 septembre au Panthéon, dans le cadre de Monument en mouvement.