<i>Okja</i>, de Bong Joon-ho Okja, de Bong Joon-ho © p. D. R.
Critiques cinéma festivals

Okja

À Cannes, Bong Joon-ho présente Okja, coproduit entre autres, par Brad Pitt et Tilda Swinton.

Par Nicolas Villodre publié le 20 mai 2017

 

Okja, le film de Bong Joon-ho, coproduit, entre autres, par Brad Pitt et Tilda Swinton, interprété par cette dernière au côté de Paul Dano et distribué par Netflix, inaugure avec Wonderstruck (fabriqué par les Studios d’Amazon, l’intéressant opus de Todd Haynes sur lequel nous reviendrons), l’ère du webfilm HD, qui succède à celle du Bluray, du DVD, de la VHS, du téléfilm et de la pellicule, 35 ou 16.

La question du distributeur unique, monopolistique ou hégémonique, tous médias et pays confondus, succédant à la répartition du globe en « régions DVD », zones ou dates de sorties obéissant à une hiérarchie aussi complexe que celle du protocole cannois, contredit a priori le propos même du film, militant contre les OGM et défendant la cause de nos amies les bêtes. Ceci dit, ce blockbuster qui doit énormément au numérique dans sa production même – les effets spéciaux étant maintenant bien au point : nous sommes loin de l’approximation de Jurassic Park – est un conte de Noël, qui devrait enchanter le public enfantin ainsi que les parents réunis non plus dans messe cinématographique grand public mais dans un salon particulier, sur écran plat 16/9.

Une multinationale de la chair à saucisse se met à engraisser des grenouilles pour les faire aussi grosses que des bœufs, tel est le point de départ de cette fable cruelle, comme toutes les histoires à dormir debout. Pour être plus exact, l’usine familiale héritée par Lucy (et Nancy, sa sœur jumelle, ce qui est assez pratique lorsque l’on souhaite jouer les deux rôles en recourant à la surimpression ou à l’incrustation) « aux murs souillés par le sang des honnêtes travailleurs », recyclée en hyper-boucherie Sanzot après avoir été une usine chimique ayant raffiné du napalm, ressemble aux abattoirs de Chicago. Lucy conçoit et fait élever dans divers points du monde un cochon mutant qui a l’aspect d’un hippopotame, à la viande goûteuse et peu coûteuse.

Une de ces bestioles devient l’animal de compagnie d’une fillette coréenne, orpheline, comme il se doit, vivant avec son grand-père en montagne de manière écologique. Le film vire au remake de King Kong, avec des touches de Soleil jaune et une morale du Sang des bêtes. L’armée de libération de l’animal tentera de contrarier la logique impitoyable du monde des affaires représentées par Lucy et sa sœur.... Du rose cochon, la photo vire au noir dans une séquence pouvant évoquer Nuit et brouillard. Okja, avec son héroïne de fillette se heurtant à l’univers des adultes, a la candeur et la poésie d’une parabole comme fut celle d’un autre film sur l’enfance, Le Ballon rouge.

 

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