Giuseppe Caccavale, <i>Viale dei Canti</i> Giuseppe Caccavale, Viale dei Canti © Massimiliano Camaiti.
Critiques arts visuels

Le bruissement de la langue

Giuseppe Caccavale

Au sein de l’Hôtel Galliffet, ancienne demeure de Talleyrand, l’Institut culturel italien a eu la belle idée de commander une œuvre pérenne à l’artiste italien Giuseppe Caccavale.

Par Valérie Da Costa publié le 17 juin 2016

En choisissant Canto notturno di un pastore errante dell’Asia, un poème de Giacomo Leopardi, dont la langue cristalline s’est attachée à décrire une poésie du quotidien au début du XIXe siècle, Giuseppe Caccavale a ancré son projet Viale dei Canti (Allée des Chants) dans une attention portée à ce que l’on aurait envie d’appeler : « le bruissement de la langue », pour reprendre le titre d’un célèbre essai de Roland Barthes sur les enjeux de la littérature.

De Leopardi donc, découlent quatre autres poèmes de quatre auteurs du XXe siècle, certains quelque peu oubliés bien que centraux dans l’histoire de la poésie italienne contemporaine. Chacun de ces textes parle d’une ville ou région d’Italie : Alfonso Gatto de Conca dei Marini de la Côte Amalfitaine, Leonardo Sinisgalli de Rome, Lorenzo Calogero de la Calabre et Bartolo Cattafi de la ville blanche d’Ostuni dans les Pouilles. Ensemble, ils constituent une carte géographique mentale de la péninsule que le lecteur est invité à parcourir à travers les mots et non les images.

Giuseppe Caccavale, Viale dei Canti. Photo : Massimiliano Camaiti. 

Ces poèmes, qui portent sur le lieu, le déplacement, composent cet ensemble de « canti ». Ils se déroulent sur un mur long de 50 mètres sur une hauteur de plus de quatre mètres et sont ponctués des cinq lettres du mot « CANTI ». 5250 lettres sont gravées dans le mur en caractère Tallone (du nom du typographe et éditeur Alberto Tallone) selon la technique du spolvero. Elles sont de véritables incisions qui donnent à la présence du texte une forme de corporéité. Pour Giuseppe Caccavale, connu pour ses installations mettant notamment en espace les mots, comme celle qu’il avait présentée dans le pavillon italien de la dernière Biennale de Venise (2015) : « Pour réveiller un mot, un objet, il faut le traverser, le pénétrer, aller et revenir. La parole doit palpiter. Nous devons la traverser et elle doit nous traverser. La technique du spolvero permet cela et est le squelette de cette opération. C’est un travail physique car on contourne les lettres, on les assimile en les perçant avant de les faire surgir du mur. Le mur devient ainsi vivant. Lorsqu’on s’intéresse à l’art mural, on porte en Italie toute une tradition de la fresque depuis Giotto ou Piero della Francesca. Ce n’est pas mon point de départ, je cherche plutôt du côté du cinéma et notamment du côté des émotions qu’exprime le cinéma néo-réaliste de Roberto Rossellini notamment. »

Cette incarnation des mots est accompagnée par une présence sonore, un « sillon sonore », composé par Stefano Gervasoni, où la voix de la mezzo soprano Monica Bacelli récite les poèmes. Leur lecture s’entremêle avec les sons enregistrés du chantier de l’œuvre en train de se faire. Pour Giuseppe Caccavale  « l’union ici entre l’écriture des mots et l’écriture des notes crée un espace architectural ».  

Ainsi, dans Viale dei Canti, la musicalité des poèmes rejoint la musicalité de la voix dans une installation murale où les mots et les sons deviennent une matière indissociable offrant ici une réflexion plastique sur le chant des mots et leur musicalité dans l’espace quotidien.

 

 

L’œuvre de Giuseppe Caccavale, Viale dei canti, inaugurée le 26 mai, est visible de manière permanente à l’Institut culturel italien, Paris.