<i>Julieta</i> de Pedro Almodovar, Julieta de Pedro Almodovar, © D. R.
Critiques cinéma

Julieta

Cannes 2016 (10/15)

Bien tuyauté, Almodóvar avait pourtant misé sur la bon cheval (la bonne jument) lorsqu’il acquit, en 2009, quatre ans avant la nobélisation de l’écrivaine, les droits sur trois nouvelles de la Canadienne Alice Munro, Hasard, Bientôt et Silence. Malheureusement, Julieta, sa synthétique transposition madrilèno-galicienne n’a rien de palpitant. 

Par Nicolas Villodre publié le 27 mai 2016

Son adaptation cinématographique tombe à plat, de sorte que le jury cannois a remis à une prochaine occasion la consécration suprême du réalisateur, préférant récompenser un vieux de la veille qui a au moins le mérite d’être resté fidèle à ses opinions de jeunesse en demeurant indigné par le libéralisme sauvage contemporain. Tout comme, dans une moindre mesure, le représentant de ce qu’on pourrait appeler la movida montréalaise, qui a, il est vrai, depuis quelques années déjà, le vent en poupe, Xavier Dolan.

Sa Julieta n’est ni des esprits ni du monde réel. Une prof de lycée suppléante, qui vit sur un pied de président de Radio France ou de l’Ina (prenant un taxi pour un oui, pour un non, vivant dans un luxueux appartement situé en plein centre de la capitale espagnole, entourée de tableaux sinon de « maîtres », du moins de peintres cotés en bourse), est soudain appelée à se souvenir qu’elle a une fille qui l’a quittée pour on ne sait trop quelle raison (la scoumoune, sachant que les hommes qui approchent sa mère finissent mal, autrement dit que Julieta perd fatalement tous ses Roméo? la culpabilité? une communauté écolo? une secte satanique? tout simplement le désœuvrement?), il y a une douzaine d’années, sans laisser d’adresse, suite à la mort en mer de son pauvre pêcheur de père – un playboy, quant à lui, propriétaire d’une villa les pieds dans l’eau (à Redes en Ares ou à Mugardos, d’après imdb), au bord de l’océan Atlantique, menant un train de vie tout aussi confortable.

Ce monde idéal et clos est surtout filmé en studio et un peu poussivement, machinalement. Si on trouve des tics que certains (à Télérama, par exemple) prennent encore pour du style (« portrait » sensible de femme « moderne », inévitable rengaine de Chavela Vargas, teintes saturées, clichés convenus d’idoles posés sur l’autel personnel du maestro, mélodrame, etc.), en revanche, il n’y a pas trace de cet humour pouvant racheter le reste et faire passer la pilule. Mis à part l’intervention de Rossy de Palma qui campe excellemment la domestique du marin-pêcheur d’opérette et les magnifiques statuettes d’esprit « nègre » en bronze recouvert de terre cuite attribuées dans la fiction à une des maîtresses de ce jeune capitaine Haddock, créées, en réalité, par Miquel Navarro, on est sevré d’idées, de trouvailles visuelles, d’émotions.

 

Julieta de Petro Almodovar, sortie française le 18 mai 2016.