<i>Le Sujet des sujets </i> de Frédéric Ferrer Le Sujet des sujets de Frédéric Ferrer © p. Christophe Raynaud De Lage
Critiques Pluridisciplinaire

HB les Sujets !

Frédéric Ferrer

Depuis 1997, les Sujets à Vifs émoustillent les festivaliers d’Avignon avec des formats courts propices aux découvertes. 20 ans ça se fête, alors pour marquer le coup, Frédéric Ferrer, en conférencier allumé, leur a concocté un show tonitruant : Le Sujet des Sujets. L’occasion pour Mouvement de se glisser à ses côtés dans la célébration. 

Par Léa Poiré publié le 19 juil. 2017

« On ne peut que se perdre dans la fréquentation de ce dispositif en suspension, mais tout en frissonnant à la sensation d’y avoir décelé un genre d’avancée fulgurante » écrivait Gérard Mayen le 21 juillet 2010 dans un article à propos de Black Monodie de Philippe Ménard et Anne-James Chaton. Dispositif en suspension mais toujours aussi vivace, Les Sujets à Vifs attirent chaque année leur lot de curieux et d’addicts du genre. Frédéric Ferrer après un rapide sondage dans la salle constate que le dispositif est bien identifié, la chronologie est alors vite expédiée. En 1997 François Raffinot séduit par « Texte Nu », où un comédien choisi le texte d’un auteur pour une lecture sans chichis, adapte l’idée à son domaine, la danse, en inversant la relation interprète/chorégraphe. Ainsi naît le Vif du Sujet proposé dans jardin de la vierge du Lycée Saint Joseph.

« Vu que la danse n'est pas la matière première du festival d'Avignon, ce temps-là, du Vif du Sujet, est un temps de respiration plutôt agréable. Dans l'espace riquiqui de la cour du Lycée Saint-Joseph, à 11 h du matin et à 18 h, on est vite hors d'Avignon, hors du temps, hors de tout » raconte Jean-Marc Adolphe en 2001 (lire ici). Rue des Lices, cet étroit jardin devient le haut lieu des Sujets, à Frédéric Ferrer de souligner que c’est même l’un des rares éléments qui n’a pas changé en 20 ans. Passant de solos à duos, en 2004 – avec l’arrivée de Vincent Baudriller et Hortense Archambault à la direction du festival – le Vif du Sujet devient le Sujet à Vif pour se conjuguer au pluriel dès 2008.

Non loin, dans un coin du jardin « trône, imperturbable partenaire de quatre spectacles différents chaque jour, une statue de la Vierge de Lourdes, façon plâtre, émergeant du plateau qui l’a cernée avec son socle ». Cette description, donnée par Gérard Mayen et tirée des archives de Mouvement est toujours valable. PowerPoint à l’appui, on apprendra par Frédéric Ferrer que cette même vierge est épargnée des pièces les plus borderline par un morceau de tissu. Et que, dans cet ancien lycée Jésuite, elle a, un temps, mystérieusement disparu et a maintes fois été déplacée pour être enfin mise au coin afin de ne plus gêner les sujets.

45 minutes, c’est le temps déjà bien entamé dont dispose notre conférencier pour balayer 20 ans, 325 artistes et 128 vifs. Le calcul est vite fait, 8,30 secondes par artiste ne suffiront pas pour illustrer la richesse des propositions. Alors pour corser le tout, Frédéric Ferrer s'attèle au difficile exercice d’analyse, de schématisation et de conceptualisation. Mais, à l’une des fenêtres du lycée, Aude Lachaise, écoute d’une oreille attentive le discours qu’il entonne sur les inégalités de genre au sein des Sujets. Martinet à la main, robe sanguine comme son tempérament, la chorégraphe sort de ses gonds pour reprendre la parole et proposer sa version des faits. Le spectateur assiste alors à un mini sujet exclusif que Frédéric Ferrer se propose de réinventer chaque jour avec un nouvel invité.

p. Christophe Raynaud de Lage

Mouvement, au rapport, a suivi dès ses débuts les tribulations des sujets piqués sur le vif. Certains ont été critiqués, d’autres loués, le dispositif souvent acclamé. Et pour cause, aux Sujets à Vifs les artistes s'acoquinent avec des questions de fond autant que de forme et se laissent aller à cet exercice estival avec légèreté et habileté. Ce qui fait dire à l’électrique Frédéric Ferrer, en guise de conclusion et non sans un sourire aux lèvres, que les Sujets sont au cœur du festival d’Avignon et par extrapolation du monde. Rien que ça.

Notre cadeau d’anniversaire sera plus modeste. Il tient en cinq mots lancés en 2016 par Camille Louis au sujet des sujets : « faire confiance à la précarité d’un présent », c’est ce qui nous fait vibrer.

 

À lire : 

>  Deux ânes, quatre solos de Jean-Marc Adolphe 

> Muter avec Ménard de Gérard Mayen 

> Avignon en deux temps de Camille Louis