<i>Alive in France</i> de Abel Ferrara Alive in France de Abel Ferrara © D. R.
Critiques cinéma festival

Alive in France

Abel Ferrara est venu, cette fois-ci officiellement (on se souvient que son biopic sur DSK avait été montré à la sauvette dans une salle parallèle à la Croisette), présenter un opus atypique, mi chair mi poisson, mi docu mi fiction – cette distinction n’étant pas plus importante que ça à ses yeux, à l’en croire : Alive in France.

Par Nicolas Villodre publié le 29 mai 2017

Abel Ferrara garde bon pied bon œil. Invité en France l’an dernier pour présenter une rétrospective à la Cinémathèque de Toulouse, il a profité de l’occasion pour embrayer sur une série de concerts de musique vivante, d’esprit rock, avec une garde rapprochée constituée du pianiste Joe Delia et du comédien-guitariste Paul Hipp. Par le passé, le premier a assuré les compositions de presque tous ses films (China Girl, The King of New York, The Funeral, The Addiction, Bad Lieutenant, etc.), le second, le rôle de Nino dans China Girl.

Le titre, Alive in France, est à prendre en son double sens, Ferrara ayant survécu aux addictions ou tentations offertes à lui. La vivacité en question étant donc celle de la prestation du groupe face à un auditoire de cinéphiles et d’amateurs de musique électrique et du traitement, tout aussi improvisé, des prises de vue puis du montage vidéo. On retrouve Ferrara des deux côtés de l’objectif et même des trois, puisqu’il prend la peine de mettre en scène les selfies sollicités par ses fans, leur conseillant le meilleur cadrage et l’angle le plus adéquat, faisant bonne mine en toute circonstance. Omniprésent, omniscient, il veille au grain et pousse par moments des gueulantes destinées à la galerie ou à calmer ses nerfs. Ses énervements sans animosité réelle et qui ne portent pas à conséquence, sont aussitôt oubliés, comme celles d’un Mocky ou du regretté Averty. Aucun détail ne lui échappe. Il vérifie les niveaux sonores en se mettant à la place des spectateurs et exige que soit correctement réglé chaque projecteur.

Il donne la sensation de prendre avec philosophie le monde tel qu’il est, palliant rapidement la défection de deux accompagnateurs prévus, celle d’un batteur échoué, paraît-il, à l’hôpital comme celle d’un rappeur retenu à la douane faute de visa. Le premier est rapidement substitué par un tambourinaire occitan, Laurent Bechad. Le second ne sera remplacé que lors d’un concert donné à Paris par un chanteur afro-américain se trouvant là par hasard. Vivant désormais à Rome avec sa très jeune femme, la danseuse-choriste Cristina Chiriac et leur petite fille, l’extravagant filmeur et poète à la ville comme à la scène a poursuivi ses gigs sur la Côte d’azur, le dernier en date, nous a-t-il dit, sur la plage.

 

 

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