Baby Guru

Marginalia

Baby Guru

Innear Ear/Differ-ant

Après deux albums sous l’emprise manifeste du rock kraut/psyché, le détonant trio grec Baby Guru bascule en beauté vers la pop avec Marginalia, nouvel album conciliant imparablement exigence mélodique, cadence rythmique et stridence électrique.

Par Jérôme Provençal publié le 31 mars 2014

 

L’on peut se demander où en serait le rock aujourd’hui sans le cyclone psychédélique et le typhon krautrock qui, grosso modo de 1966 à 1976 (jusqu’à la brutale bourrasque du punk), ont fait souffler un salvateur vent libérateur sur les ondes et dans les têtes, condamnant à une irrémédiable ringardise tous les fonctionnaires du binaire et offrant aux autres – ceux que le saut dans l’inconnu n’effraie pas – l’exaltante perspective d’un horizon sonore illimité. Sans ces aventureux pionniers, ne lésinant pas sur les substances plus ou moins légales pour atteindre leur but (une forme de transcendance de soi par le son), nous en serions peut-être encore à tapoter du pied et dodeliner du chef sur « Louie Louie » – ce qui n’est pas déplaisant, loin s’en faut, mais peut tout de même, à la longue, paraître un peu insuffisant. Sans eux, nous serions également privés d’une foultitude de groupes actuels, qui flottent à belle altitude sur de drôles de nuages polychromes (et polyrythmiques) et nous propulsent au bord, voire au-delà, de la quatrième dimension…. Parmi ces nouvelles formations en lévitation, Baby Guru – dont on appréciera au passage le (psyché)délicieux patronyme – se montre particulièrement apte à nous donner satisfaction (yes, we can get satisfaction).

Formé en 2009 par trois amis d’enfance (Prins Obi, King Elephant et Sir Kosmiche – on murmure que ce sont pas leurs vrais noms), Baby Guru nous arrive d’Athènes, détail géographique qui n’enlève rien à son charme, bien au contraire… Ces origines grecques ne sautent toutefois pas aux oreilles, même si, pour la première fois de sa jeune histoire, le trio – augmenté ici d’une quatrième membre, prénommée Christina – recourt à son idiome natal sur l’une des chansons (« Exegesis ») de Marginalia. Loin du rebetiko et autres clichés locaux, leur musique, oscillant entre krautrock et rock psychédélique, doit beaucoup, sinon tout, aux intrépides escadrons anglo-saxons évoqués au début de cette chronique. Sur ses deux premiers albums, Baby Guru et Pieces, le groupe évoque ainsi (très) souvent un croisement (forcément) turbulent entre Can et les Doors, cette association s’avérant particulièrement (dé)flagrante sur « Necessary Voodoo », le magistral morceau inaugural de Pieces.

Avec Marginalia, sans renier aucunement ses premières amours hallucinées, Baby Guru donne une autre coloration à sa musique, en y injectant une forte dose de pop – une pop évidemment oblique, dans la lignée très acidulée de Love, Syd Barrett ou des Beatles période Sergent Pepper’s/Yellow Submarine. En dépit de quelques petites boursouflures de-ci de-là, l’ensemble, dont émerge notamment la ravissante comptine minimaliste « Baby You’re So Weird » (on jurerait un inédit des Young Marble Giants), tape fort joliment dans le mille.

 

Tous les disques du groupe sont en écoute intégrale sur la page Bandcamp du label Inner Ear.

En concert le 2 avril à Hérouville St-Clair (Printemps balkanique) et le 3 avril à Paris, La Mécanique Ondulatoire.