Sister Iodine Sister Iodine, © D. R.

Blame

Sister Iodine

Premier Sang / Metamkine

Réputés pour leurs concerts fulgurants, les Parisiens de Sister Iodine, activistes majeurs de la scène bruitiste, se livrent avec Blame à une expédition sonore jalonnée de stridences et parcourue tout du long par une viscérale sensation d’urgence.

Par Laurent Catala publié le 27 janv. 2014

 

Sister Iodine existe depuis le début des années 1990 et pourtant ce Blame (à écouter en ligne) n’est « que » le cinquième album du groupe. Vibrant bloc de bruit blanc, il n’est certes pas d’un abord facile, se dressant au cœur même d’un univers musical particulièrement radical. Dans la lignée de la scène no-wave new-yorkaise du tournant des années 1980 ou de la galaxie bruitiste japonaise – la dernière publication en date du trio parisien était d’ailleurs une brutale captation d’un concert japonais effectuée en compagnie de Masaya Nakahara (Violent Onsen Geisha, Hair Stylistics) en 2011 –, Sister Iodine cultive en effet un goût certain pour l’extrémisme sonore, encore plus intensément perceptible en live.

Leurs morceaux doivent ainsi d’abord s’entendre comme des préludes aux performances scéniques, durant lesquelles ils sont susceptibles d’être dilatés ou subitement raccourcis, déformés et torturés – au sens littéral du terme. Blame ne rompt pas avec cette logique de l’expérience évolutive et déploie un panel de morceaux souvent très courts (entre une et deux minutes) ou très longs (entre huit et neuf minutes). Une manière toute personnelle d’appréhender le temps, de rendre la matière musicale aussi brûlante et fluctuante qu’une pièce d’acier en fusion ou qu’une coulée de lave qui s’échapperait dans une canalisation éventrée.

Sur le long et obsédant « Obscurity Call », la musique puissamment organique s’exhale dans une lumière blafarde, en d’étranges convulsions électriques. Sur le plus court « Odd Devaste », des déflagrations soniques et rugueuses – alliage de black métal et de punk industriel – se font à leur tour entendre, traduisant une urgence beaucoup plus directe. Ce contraste apporte au disque une dynamique permanente, cultivant les variations avec un sens aigu de l’expressivité. Bien évidemment, ce sont les morceaux susceptibles d‘unir lent déploiement et fatal foudroiement – à l’instar du bien nommé « Emprise », hérissé du martèlement de la batterie et de hurlements éruptifs – qui font de cet album une incandescente pépite de free-rock insoumis.

Disponible en digital, via la plateforme bandcamp, l’album est par ailleurs édité en vinyle sur le label Premier Sang. Tirage limité à 400 exemplaires.