Les vidéos que réalise Valérie Mréjen sont issues d'un travail sur le langage. En 1994, elle présente une série de cartes postales dont les textes sont composés à partir de noms découpés dans l'annuaire. Au-delà des jeux de langage, elle associe alors des noms à des images, des cadres de vie, des lieux de vacances, donnant vie à des personnages possibles. Cette série l'amène à sa propre expression, à ses propres histoires.
A partir de 1995, elle écrit des textes courts, prenant pour objet des expressions courantes et les fait interpréter par des comédiens. Scénarisant des situations qu'elle a vécues ou dont elle a été témoin, Valérie Mréjen confronte deux à trois personnages, dialoguant dans des situations de conflit et de rapport de force, en scrutant les décalages, les différents niveaux de conscience, les moments de gêne et de confusion comblés par des comportements absurdes et forcés. Ainsi, dans la vidéo Tonie et Etienne (1997), une mère interroge son fils sur ses vacances : s'il s'est bien amusé avec ses copains, si les repas étaient bons, s'il a fait beau, s'il était content de façon générale, s'il pensait garder des contacts. L'enfant, ne souhaitant guère s'attarder sur les détails d'un voyage malheureusement achevé, répond timidement par oui ou par non. Il semble alors assailli par les questions, la discussion s'est tout à coup transformée en interrogatoire.
Valérie Mréjen applique ce schéma de situations tendues, souvent générées par des malentendus, à la plupart de ses vidéos, mettant systématiquement en scène des personnes ayant des liens affectifs (un couple, un père et sa fille, etc.). Sensées partager une intimité ou une connivence, ces personnes ne semblent pas se connaître et leurs dialogues faits de clichés, d'expressions banalisées, n'aboutissent qu'au quiproquo et à l'incompréhension.
Cette difficulté à communiquer se traduit encore dans ses vidéos à plusieurs parties, comme des feuilletons à épisodes. Dans Huguette (1999), vidéo en cinq parties, un homme raconte sur le ton de la confidence ses relations complexes avec son amie. Tantôt il comprend sa compagne, son rythme de vie, ses envies, ses problèmes, est prêt à faire des efforts, tantôt il se sent perdu, loin d'elle, agacé par son indécision et renonce à la voir. Chaque épisode relate les changements de programme, les retournements de situation, sans fin.
Dans ses vidéos les plus récentes, Valérie Mréjen met davantage l'accent sur la parole que sur sa mise en scène : le décor est réduit à l'essentiel, les personnages, cadrés au plus serré, jouent de moins en moins. Elle privilégie un récit d'expérience à la mise en scène d'une expérience vécue. L'artiste est ainsi davantage présente, la forme de son récit plus proche du texte initial.
La forme autobiographique, pressentie dans ces derniers travaux, s'affirme avec sa première publication intitulée Mon grand-père (Editions Allia), parue en septembre 1999. Le texte est composé de paragraphes d'une à deux lignes, chacun évoquant un souvenir, une habitude, une expression, un événement de son enfance. Si l'ouvrage a été écrit d'une traite, le texte suivant le cours de sa pensée, les paragraphes n'ont pas de suite logique, ils sont liés par association d'idées, des mots, des personnages.
De même que les vidéos, les paragraphes sont brefs et tranchants, le caractère offensif relevant davantage du ton froid et distant du récit. A aucun moment, Valérie Mréjen ne prend réellement parti à son histoire, elle semble dénoncer les petits événements du quotidien les uns après les autres, sans affect, innocemment, pointant du doigt les moments les plus banals, qui se révèlent les plus absurdes, les plus décalés, les plus douloureux.
Publié le 01-01-2000
Source : Mouvement
Aurélie Voltz