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Dernier acte politique à Villeneuve-en-scènes

Élections

Depuis 2004, sur la rive gardoise du Rhône, les théâtres en itinérance jettent l'ancre à Villeneuve-lèz-Avignon.

Par Léa Capuano publié le 11 nov. 2014

Les spectateurs sont invités au voyage dans des chapiteaux, roulottes et autres lieux mobiles qui ont élu domicile sur le site classé de la plaine de l'Abbaye. Véritable poumon vert face à la folie avignonnaise, c'est un théâtre populaire et engagé qui est proposé. À Villeneuve-en-scènes, la direction artistique est assurée depuis dix ans par Frédéric Poty, comédien et metteur en scène. Véritable succès, le festival est devenu une référence en matière de théâtre itinérant et a fidélisé jusqu'à 20 000 spectateurs sur une saison, ce qui fait de lui le troisième festival d'Avignon après le « In » et le « Off ».

Cependant, ce qui est ne sera plus. D'abord géré directement par l'association À l'abordage puis indirectement par le biais de l'association Villeneuve-en-Scènes, le festival est depuis janvier 2014 piloté par une régie autonome administrative. Un nouveau fonctionnement est mis en place. Un appel à candidature, présenté comme simple formalité administrative, est effectué pour le recrutement du directeur artistique, jusqu'ici prestataire et non salarié. Frédéric Poty est retenu par le jury de la régie. Le processus de recrutement aurait dû s'arrêter là, mais il n'en n'est rien. Bien que le jury choisisse de reconduire le directeur en place, la mairie décide de nommer Catherine Dan, directrice de la Chartreuse de Villeneuve-lèz-Avignon (centre international de recherche, de création et d'animation), pourtant non candidate et membre du jury ! S'en suit un obscur cafouillage : Catherine Dan finit par refuser le poste et c'est finalement Brice Albernhe, ancien équipier de la Scène nationale de Cavaillon et de la régie culturelle du Conseil général de Haute-Savoie, qui est retenu.

Pour le directeur artistique sortant, cette éviction serait due à un « problème de personnalité » avec le directeur général des services de la mairie de Villeneuve-lèz-Avignon, dont il avait soulevé les dysfonctionnements dans une lettre destinée au maire, chose que le DGS semble ne pas avoir supporté. Selon Frédéric Poty, une période de transition aurait pu être prévue : « Être évincé, oui, mais pas de la sorte. Il n'y a même plus de faux semblant de decorum démocratique. » Il assure « rien n'avoir contre Brice Albernhe », mais s'inquiète de l'avenir du festival : « Un administratif ne peut se défendre face à Avignon, ici il faut une véritable direction artistique et cela signifie pouvoir dire non. Faire des choix c'est être indépendant. » Enfin, à cette époque de l'année, 80% de la programmation était déjà prévue. Que restera-t-il de ce festival ? Les grands pins odorants et le chant des cigales, mais le doute plane pour le reste.

Ce dernier acte, politique, est bien ironique pour un festival dont le parrain était Vaclav Havel, grand dramaturge et politicien tchèque qui écrivait : « Les partis politiques sont une sorte d'aboutissement de l'activité associative. On ne peut guère imaginer le fonctionnement d'une société démocratique sans eux. »