<i>Heat</i> de Tamara Stuart Ewing Heat de Tamara Stuart Ewing © Bastien Capela.
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Le cœur, un chasseur solitaire

Tamara Stuart Ewing

Au Studio Théâtre de Nantes, Tamara Stuart Ewing a proposé un spectacle qu’elle interprète elle-même avec sa camarade Anne Reymann, sur les tentatives de rapprochement entre deux corps et la solitude urbaine. Janis Joplin accompagne leur danse énigmatique et volontairement inconfortable.

Par Alice Bourgeois publié le 3 déc. 2015

Il pleut – un  peu – sur Nantes, ce mercredi 25 novembre, la ville jeune et flottante, raffinée mais sans luxe, dynamique mais calme de Jules Verne et, peu ou prou, de Jacques Demy et Christine and the Queens.

Heat – « chaleur », donc, en français – décline différentes phases d’une « fusion » avec autrui, sans passer sous silence ses échecs. Sur la petite scène du Studio Théâtre, dans ce qui ressemble à une maison, deux femmes en tenue de ville, de taille et d’âge à peu près équivalents –  une brune et une blonde – remâchent leur solitude, sans regard l’une pour l’autre. Par la suite, leurs postures bizarres et inconfortables  traduisent, au gré de scènes du quotidien (trop) appuyées – bitures, changements de tenue, douches, disputes, réconciliations – leur incapacité à être au monde ensemble, sinon sous la forme de ce malaise, de ce corps supplicié.

La voix puissante et roque de Janis Joplin – dans « My baby » ou « As good as you’ve been » –  et des captations de la vie urbaine – ferraillements du tramway, grésillements de radio – accompagnent les frôlements, étreintes et esquives des interprètes. La scène est occupée par des panneaux de bois énigmatiques – motifs, comme nous l’expliquera plus tard la chorégraphe, empruntés au peintre irlandais Francis Bacon –, tantôt dressés tantôt couchés. La chorégraphe précisera qu’ils matérialisent les frontières imaginaires élevées, dès lors que nous essayons de nous rapprocher d’autrui, cet inquiétant étranger. Ils manquent pourtant de faire sens pendant la représentation.

Le spectacle parle de vide spirituel, d’aliénation, de nostalgie : il s’agit d’un thème récurrent dans la danse contemporaine, qui va de pair avec son exigence, celle de la capacité à surprendre à nouveau. Hélas, la forme et le fond demeurent ici trop vagues. L’esthétique offerte pâtit des vides qui ponctuent le spectacle et de la surreprésentation du quotidien dans ses aspects élémentaires : ils empêchent de donner au spectacle, en ce sens, son envol. Le cœur est-il définitivement un chasseur solitaire, comme l’avançait une autre Américaine – Carson McCullers –, romancière de son état ? Le sourire rayonnant des deux danseuses, après cette traversée des émotions, s’efforce de conclure sur une note optimiste.

 

Heat de Tamara Stuart Ewing a été présenté du 25 au 27 novembre au Studio Théâtre, Nantes.

Tournée : les 8 et 9 janvier au Théâtre de l’Etoile du nord, Paris.