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L’insoutenable légèreté de l’âtre

Continents noirs d'Annette Messager à Strasbourg

Annette Messager
13/10 > 03/02/2013 -MUSÉE D'ART MODERNE ET CONTEMPORAIN DE STRASBOURG

 

Sensibilité féminine, désir et mélancolie se côtoient dans les Continents noirs d’Annette Messager exposés, jusqu’au 3 février, au Musée d’art moderne de Strasbourg.

publié le 29 oct. 2012
Continents noirs Annette Messager, Série "Chance", 2012. © Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Photo : Marc Domage © ADAGP Paris 2012.

 

Le monde brûle et Annette Messager a recueilli ses cendres. Si l’artiste, dont on a vu en 2005 à la Biennale de Venise le mystérieux Pinocchio ou en 2007 au Centre
Pompidou les poupées en tout genre, poursuit son œuvre sur le mode de la collection, du bricolage et du mélange des matériaux, le noir semble être la couleur de prédilection de ses récentes créations. On se souvient par exemple du vibrant A corps perdu (Heart and soul) exposé en 2009 à la galerie Marian Goodman à Paris. Un tulle noir y recouvrait des photos imprimées sur des coussins d’air se soulevant doucement, comme un être vivant endormi. La vaste exposition présentée au Musée d’art moderne de Strasbourg jusqu’au 3 février se place dans la suite de cette vision poétique et désabusée du monde. Continents noirs présente à la fois des grandes installations, d’autres plus petites et des dessins, seuls ou en séries. Toutes les œuvres, réalisées entre 2010 et 2012, sont agencées en une sorte de récit, conte philosophique sur les « pathologies du monde contemporain ». Continents noirs guide le visiteur dans un monde de science-fiction jalonné d’objets, pantins ou mots en filets, avec lesquels Annette Messager raconte la sensibilité féminine, le désir ou la mélancolie. La grande installation Motion-Emotion, présentée au printemps à la Triennale, au Palais de Tokyo, ouvre le bal. Animés par des ventilateurs, pantins, vêtements et objets plastiques dansent sur une étrange partition. Plus loin, jouets ou objets ordinaires sont détournés, épinglés, transformés. Disposés au sol, au mur ou au plafond, les vestiges du monde qu’Annette Messager a inventé sont pétrifiés et pulvérisés en fragments. Malgré tout, la traversée n’est pas étouffante. Car si une atmosphère de catastrophe plane, la gravité est toujours désamorcée par la fascination qu’exercent les mouvements et agencements des éléments. P. V.

 

> Annette Messager, Continents noirs, jusqu’au 3 février au Musée d’art moderne et contemporain, Strasbourg.

 

Crédit photo:

 

Annette Messager, Série "Chance", 2012. Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery. Photo : Marc Domage © ADAGP Paris 2012.