La mort électrique
Muerte y reencarnación en un cowboy
Rodrigo GARCIA11/01 > 19/01/2013 -T2G
Le fantasque Rodrigo Garcia présente au Théâtre de Gennevilliers Muerte y reencarnación en un cowboy. Nous l’avions vu lors de sa création, au festival Mettre en scène 2009.
Muerte y reencarnación en un cowboy, de Rodrigo Garcia, © Christian Berthelot.
-
Voir le site
Dans la famille des doux délirants, Rodrigo Garcia n’est pas le dernier. Tout comme dans le registre de la fidélité. C’est en effet à Rennes, au festival Mettre en scène, que l’artiste argentino-espagnol a montré ses premiers spectacles, il y a plus de dix ans maintenant. Avec le passage au siècle nouveau, on peut dire qu’il est resté fidèle à lui-même, tout en accomplissant une sorte de mue métaphysique. Dans Muerte y reencarnación en un cowboy, Rodrigo Garcia semble clore un chapitre et commencer à en ouvrir un autre. Dans sa pièce précédente, Versus, un jeune Argentin venu d’un quartier populaire racontait « en vrai » sa vie de violence et de misère. Jusqu’à sa mort, et sa mise en bière, préparée à vue. Une femme le préparait pour le dernier voyage, durant les vingt dernières minutes du spectacle.
Dans ce spectacle, il ressuscite – le théâtre peut faire ça, c’est son immense avantage. Et il se réincarne en cowboy. Durant la première partie, deux hommes se battent à mort à coups de guitares électriques (branchées). Vingt minutes plus tard, au bord de l’épuisement, ils se traînent dans un long couloir, accompagnés d’une vingtaine de poussins (vivants). Au bout, ils arrivent dans une douche, accueillis par une geisha. Image sinistre, hors champ, filmée et restituée sur un écran en fond de scène. Lorsqu’ils ressortent de la douche enfumée, étrangement calmes, ils s’habillent en cowboys (fidèles à l’imagerie publicitaire d’une marque célèbre, dont le mannequin est mort d’un cancer sans jamais avoir fumé…), et ils devisent devant une petite table basse, vitrée, où se retrouvent les vingt poussins, blottis les uns contre les autres. Et ils parlent, longuement, un dialogue à la Diderot, une sorte de méditation moraliste (pas morale, juste une « leçon de vie ») sur l’amour et la mort. C’est simple, c’est juste et ça fait mal. Rodrigo Garcia touche, sa langue devient pointue comme une lame, mais apaisée, comme attendrie. A la fin du spectacle, l’un des cowboys dépose un chat au milieu des poussins. Au bout de quelques minutes, impavide, le chat s’endort, blotti contre leurs petits corps duveteux. Magie du théâtre.
A lire aussi, le compte rendu complet du festival Mettre en scène 2009.
Rodrigo García, Muerte y reencarnación en un cowboy, du 11 au 19 janvier au Théâtre de Gennevilliers.
-
agenda
Sons (é)mouvants
Anne Teresa De Keersmaeker / Thierry De Mey / Michèle NOIRET / Stephen Drury
15/01 > 25/05/2013 GRAME
-
agenda
Marionnettes à la lettre
Ulrike Quade / Thalias Kompagnons
14/05 > 03/06/2013 PARIS ET PANTIN