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A l’orée du souffle

Le Souffle de la danse de Ruedi Gerber

Anna HALPRIN
12/12 > 12/02/2013 -PARTOUT EN FRANCE

En salles le 12 décembre, le documentaire de Ruedi Gerber, Le Souffle de la danse, rend un bel hommage à la chorégraphe Anna Halprin dont le travail de ces dernières années reste encore trop peu méconnu en France.

Par Charlotte Imbault | publié le 11 déc. 2012
© Le Souffle de la danse.

Cesser d’entrevoir le travail de la chorégraphe Anna Halprin à travers le prisme de la notion de tâche à faire (1). Ne plus associer systématiquement son nom (comme on le fait en France) à sa pièce, devenue historique : Parades and Changes (1965) qui fit scandale et fut interdite aux Etats-Unis pendant plus de vingt ans pour cause de nudité et dont, en France (encore), circule la reprise (Parades and Changes, Replays) qu’en a fait Anne Collod en 2008 pour la Biennale de la danse de Lyon. Cesser de se réfugier derrière l’épithète homérique « pionnière de la postmodern dance » et devenir actuel en comprenant le parcours de la chorégraphe à l’aune de son œuvre d’aujourd’hui : la danse rituelle, la danse dans la nature. Ruedi Gerber rend magnifiquement hommage à cette femme pour qui résolument la danse, c’est vivre et la vie, c’est danser.  

 

Danser dans la nature

« A natural world. » La Californie. Terre d’élection où son mari architecte, Lawrence Halprin, lui a construit un desk (foulé entre autres par Yvonne Rainer, Merce Cunningham, Trisha Brown) en pleine nature sur le mont Tamalpa, tout près de San Francisco. Endroit rêvé pour laisser les mouvements réagir à l’environnement. « Dance is what you see, what you smell, what you ear. » (La danse, c’est ce qu’on voit, ce qu’on perçoit.) La danse est ce qui la relie à la nature. Des extraits de Returning Home (2003) ponctue le documentaire où l’on voit la chorégraphe dans les champs, recouverte de foin, sur une falaise face à la mer ou encore le corps abandonné à la houle sur le sable humide. La danse est le liant, « like a Calder’s sculpture ». Mais la danse est aussi un déjà-là : « The birds dance and the clouds dance. » (Les oiseaux dansent et les nuages dansent.)

 

Danser pour vivre

La danse rituelle prend le dessus au milieu des années 1960 après la séparation du trio qu’elle formait avec Paul Graham et A. A. Leath. Aussi, quand elle est atteinte d’un cancer en 1972, les autoportraits ont fait leur apparition. C’est en dessinant le sien, dos et face, l’un mutilé et l’autre solaire, puis en les dansant que la maladie a disparu. Plus de représentation publique, mais des ateliers (au Tamalpa Institute, sur les plages californiennes...), des danses rituelles en communauté. Ne plus vivre pour danser, mais danser pour vivre est devenu le credo.

Ruedi Gerber est allé la filmer à Tamalpa alors qu’elle avait 86 ans et a recueilli les témoignages de ses deux filles (Daria et Rana), de son mari, de Graham et Leath. Images et films d’archives font remonter les souvenirs et déroule la vie de la chorégraphe. On peut y voir un court extrait du fameux Parades and Changes filmé en 1965 et interprété par Anna, Daria et Rana Halprin, A. A. Leith et John Graham & Company. La pièce retrouve sa douceur perdue dans le Replays de 2008. La danse est résolument avec cette chorégraphe ce geste simple, nécessaire et vital.

 

1. Anna Halprin emploie le mot task pour désigner les actions concrètes et ordinaires d’une danse comme porter des choses très lourdes, s’habiller, se déshabiller... Aussi une score (partition), ne détaille pas comment réaliser une action, mais mentionne l’action. 

 

Anna Halprin / Le Souffle de la danse, de Ruedi Gerber, en salles le 12 décembre.